Vue d'ensemble
Toute la mécanique de sup supposait le référentiel galiléen. Or on passe sa vie dans des référentiels qui ne le sont pas : une voiture qui freine, un ascenseur qui démarre, une fusée qui accélère. La mécanique de MP commence par y étendre le principe fondamental de la dynamique, au prix d'une force supplémentaire — la force d'inertie d'entraînement — qui n'est pas une interaction mais un effet du mouvement du référentiel lui-même. Ce chapitre traite le cas de la translation (le plus simple : pas de force de Coriolis) ; la rotation suit au chapitre d'après. Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui font perdre des points.
Prérequis
- Cinématique et dynamique du point (sup) : PFD, bilan des forces, projection
- Point de vue énergétique (sup) : énergie potentielle, théorème de l'énergie cinétique
- Dérivation vectorielle et changement de repère (calcul de base)
Les forces d'inertie te semblent sorties du chapeau ? C'est le chapitre où la mécanique devient subtile — et où les copies se trient. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font refaire les raisonnements de changement de référentiel jusqu'à ce que « qui observe quoi » devienne limpide.
Trouver un mentor MP →1. Composition des mouvements en translation
Un référentiel (d'origine , lié par exemple à un véhicule) est en translation par rapport à un référentiel galiléen si ses axes gardent une direction fixe par rapport à ceux de : seul le point bouge, sans rotation des axes. La translation est rectiligne, circulaire ou quelconque selon la trajectoire de — mais dans tous les cas les axes ne tournent pas.
À l'instant , le point coïncidant de est le point fixe de qui occupe la même position que à cet instant. La vitesse (resp. l'accélération) d'entraînement de est la vitesse (resp. l'accélération) de ce point coïncidant dans .
En translation, tous les points fixes de ont le même mouvement que : la vitesse et l'accélération d'entraînement sont uniformes,
indépendantes du point considéré.
Pour un référentiel en translation par rapport à :
avec et . Il n'y a pas de terme de Coriolis en translation.
Démonstration (dériver la relation de Chasles)
Partons de et dérivons dans . Le point clé : comme les axes de ne tournent pas, les vecteurs de base sont constants dans . En écrivant :
car les dérivées des vecteurs de base sont nulles — la dérivation dans et dans coïncident pour tout vecteur (c'est LA propriété spécifique de la translation). D'où :
En dérivant une seconde fois, le même argument donne : aucun terme croisé n'apparaît. (En rotation, les vecteurs de base tournent et leur dérivation fera naître les termes d'entraînement centrifuge et de Coriolis — chapitre suivant.)
2. Le PFD dans un référentiel en translation
Dans un référentiel en translation d'accélération , on appelle force d'inertie d'entraînement le terme :
Ce n'est pas une interaction (aucun corps ne l'exerce, elle n'a pas de réaction) : c'est un terme correctif traduisant le caractère non galiléen de . Elle est opposée à l'accélération du référentiel — d'où la sensation d'être « plaqué au siège » quand la voiture accélère.
Dans en translation par rapport à un référentiel galiléen, le principe fondamental de la dynamique s'écrit :
Démonstration (deux lignes depuis le référentiel galiléen)
Dans le référentiel galiléen , le PFD s'applique tel quel : . La loi de composition des accélérations (théorème 1.4) donne , donc :
Tout se passe comme si, dans , une force supplémentaire s'ajoutait au bilan. Cas particulier rassurant : si la translation est rectiligne uniforme (), la force d'inertie disparaît et est lui-même galiléen — on retrouve le principe de relativité galiléenne de sup.
- Choisir et déclarer le référentiel d'étude : « on travaille dans le référentiel lié au véhicule, en translation d'accélération par rapport au référentiel terrestre supposé galiléen ».
- Bilan des forces : les forces vraies (poids, tension, réaction, frottements…) PLUS la force d'inertie — et rien d'autre en translation (pas de Coriolis).
- Écrire le PFD dans et projeter sur des axes liés à (c'est tout l'intérêt : l'équilibre relatif y est simple, ).
- Interpréter : poids apparent, inclinaison d'équilibre, condition de décollement… et vérifier le cas limite (on doit retrouver le résultat galiléen).
3. Poids apparent et gravité apparente
Dans un référentiel en translation d'accélération , le poids et la force d'inertie se regroupent en un poids apparent , avec :
Tout se passe comme si la gravité avait changé de norme et de direction : un fil à plomb s'aligne sur , une surface libre de liquide s'y met perpendiculaire.
Dans un véhicule en translation horizontale d'accélération constante , un pendule s'immobilise (équilibre relatif) en faisant avec la verticale l'angle tel que :
et sa tension vaut .
Démonstration (équilibre relatif dans le véhicule)
Dans le référentiel du véhicule, le point matériel est soumis au poids (vertical descendant), à la tension (le long du fil) et à la force d'inertie (horizontale, opposée à l'accélération). À l'équilibre relatif, :
La tension est donc opposée à : le fil s'aligne sur la gravité apparente. En projetant (axe horizontal vers l'avant, axe vertical) : et . Le quotient donne , et la somme des carrés .
Contrôles : (pendule vertical) ; freinage ( vers l'arrière) ⟹ le pendule part vers l'avant — cohérent avec l'expérience du passager. Ordre de grandeur : (voiture qui accélère franchement) donne .
Tu hésites encore entre « qui accélère » et « qui observe » ? Une séance de schémas commentés avec un mentor Majorant (véhicule, ascenseur, chute libre, grande roue) et la logique des référentiels se met en place définitivement — juste avant d'attaquer la rotation, où tout se corse.
Réserver une séance ciblée →4. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
La mécanique non galiléenne est un terrain à contresens — les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) épinglent chaque année les mêmes confusions de référentiel.
5. Pour aller plus loin
La translation est l'échauffement ; l'essentiel du programme non galiléen est devant :
- Référentiels en rotation — les vecteurs de base tournent : apparition de la force centrifuge et de la force de Coriolis, dynamique terrestre (déviation vers l'est, marées, pendule de Foucault en approche documentaire).
- Champs de force centrale et référentiel géocentrique — le terme des marées est exactement une force d'inertie d'entraînement différentielle.
- Oscillateurs embarqués — pendule ou masse-ressort dans un véhicule accéléré : l'énergie potentielle d'inertie de ce chapitre rend ces exercices expéditifs.
- Culture physique — le principe d'équivalence (impesanteur = chute libre) est le point de départ de la relativité générale : l'exemple 2 est historiquement « l'idée la plus heureuse de la vie » d'Einstein.
La mécanique MP se joue en trois chapitres — et ils s'enchaînent vite. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) couvrent translation, rotation et frottement solide avec exos type concours, khôlles blanches et plan de révision personnalisé — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir un référentiel en translation (axes de direction fixe) et pourquoi une translation circulaire n'est pas une rotation ?
- Sais-tu définir le point coïncidant et les grandeurs d'entraînement ?
- Sais-tu démontrer les lois de composition des vitesses et des accélérations en translation ?
- Sais-tu expliquer pourquoi il n'y a aucun terme de Coriolis en translation ?
- Sais-tu démontrer le PFD en référentiel non galiléen et la forme de la force d'inertie −m·a_e ?
- Sais-tu retrouver que la force d'inertie est conservative quand a_e est constante, et son énergie potentielle ?
- Sais-tu dérouler la méthode-type (déclarer le référentiel, bilan complet, PFD, cas limite) ?
- Sais-tu démontrer l'angle d'équilibre tan θ = a_e/g du pendule embarqué et la tension m·g_app ?
- Sais-tu définir la gravité apparente g_app = g − a_e et ce qu'elle gouverne (fil à plomb, surface libre) ?
- Sais-tu traiter l'ascenseur (poids apparent m(g ± a)) et le cas de la chute libre ?
- Sais-tu expliquer correctement l'impesanteur en orbite (le référentiel tombe, la gravité ne disparaît pas) ?
- Sais-tu dire pourquoi une force d'inertie n'a ni réaction ni corps qui l'exerce ?
Démonstrations à savoir refaire
- Lois de composition en translation — dériver Chasles avec des vecteurs de base constants
- PFD en référentiel non galiléen — injecter la composition des accélérations dans le PFD galiléen
- Pendule dans un véhicule accéléré — équilibre relatif, projections, tan θ = a_e/g