Vue d'ensemble
Quand la réduction rencontre le produit scalaire, elle produit le plus beau théorème du programme : tout endomorphisme symétrique se diagonalise en base orthonormée — le théorème spectral. Ce chapitre organise les deux familles d'endomorphismes compatibles avec la géométrie euclidienne : les symétriques (adjoint égal à eux-mêmes, diagonalisables sans condition) et les isométries (qui conservent la norme, matrices orthogonales, rotations). Aux concours, c'est un pourvoyeur inépuisable : matrices symétriques réelles, , groupe orthogonal, rotations de l'espace. Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.
Prérequis
- Espaces préhilbertiens : bases orthonormées, projection orthogonale, supplémentaire orthogonal
- Réduction : diagonalisabilité, sous-espaces stables, polynôme caractéristique
- Isométries vectorielles de sup (plan euclidien)
Symétrique, orthogonal, adjoint : trois mots qui se ressemblent, trois objets différents. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines démêlent le vocabulaire et t'entraînent sur les grands classiques (AᵀA, rotations 3D, racines carrées de matrices) jusqu'à la maîtrise complète.
Trouver un mentor MP →1. L'adjoint d'un endomorphisme
Soit euclidien et . L'adjoint de est l'unique endomorphisme vérifiant :
Dans toute base orthonormée, la matrice de est la transposée de celle de : . Propriétés : , , .
est symétrique si , c'est-à-dire :
En base orthonormée : matrice symétrique (). Exemples fondamentaux : les projections orthogonales et les symétries orthogonales ; pour toute matrice , les matrices et .
Si est symétrique et stable par , alors est stable par .
Démonstration (trois lignes, clé du théorème spectral)
Soit ; montrons . Pour tout :
car (stabilité de ) et . Donc est orthogonal à tout : . C'est ce mécanisme qui permettra la récurrence du théorème spectral : chaque fois qu'on isole une direction propre, son orthogonal reste un terrain de jeu stable.
2. Le théorème spectral
Tout endomorphisme symétrique d'un espace euclidien est diagonalisable dans une base orthonormée : il existe une base orthonormée de vecteurs propres, et les sous-espaces propres sont deux à deux orthogonaux. Version matricielle : pour toute matrice symétrique réelle , il existe orthogonale () et diagonale telles que :
Démonstration (les deux jalons exigibles : spectre réel, orthogonalité des sous-espaces propres)
Jalon 1 — Les valeurs propres (complexes) d'une symétrique réelle sont réelles. Soit avec . Calculons de deux façons. D'une part . D'autre part, comme est réelle symétrique, , d'où . Or : donc , . Le polynôme caractéristique, scindé sur , est donc scindé sur : admet au moins une valeur propre réelle.
Jalon 2 — Deux sous-espaces propres distincts sont orthogonaux. Si et avec :
d'où et .
Conclusion (schéma de récurrence). On prend un vecteur propre unitaire (jalon 1) ; l'hyperplan est stable (proposition 1.3, car est stable), et l'endomorphisme induit y est encore symétrique : on itère jusqu'à obtenir une base orthonormée de vecteurs propres. (La rédaction complète de la récurrence est guidée dans les sujets ; les deux jalons, eux, sont exigibles tels quels.)
3. Isométries vectorielles et groupe orthogonal
est une isométrie (ou automorphisme orthogonal) si elle conserve la norme : . De façon équivalente (polarisation), elle conserve le produit scalaire : , ou encore . L'ensemble des isométries de est un groupe : le groupe orthogonal .
est orthogonale si (soit ) — c'est-à-dire si ses colonnes forment une base orthonormée de . Groupe noté ; est le groupe spécial orthogonal (rotations).
- Le déterminant d'une isométrie vaut (directes : , indirectes : ).
- Les seules valeurs propres réelles possibles sont .
- Une isométrie conserve l'orthogonalité, transforme toute base orthonormée en base orthonormée — et réciproquement, un endomorphisme qui envoie une base orthonormée sur une base orthonormée est une isométrie.
Démonstration (déterminant et valeurs propres)
Déterminant. De : , donc . Attention, la réciproque est fausse : ne rend pas orthogonale (contre-exemple : ).
Valeurs propres réelles. Si avec : , donc : . (Sur , les valeurs propres sont de module 1 — pour les rotations planes.)
Bases orthonormées. conserve le produit scalaire donc envoie toute famille orthonormée sur une famille orthonormée. Réciproquement, si envoie une base orthonormée sur une base orthonormée, alors pour : (Pythagore dans les deux bases).
Une isométrie est directe si son déterminant vaut (elle conserve l'orientation — on parle de rotation), indirecte s'il vaut (elle la renverse — réflexions et leurs composées). Les isométries directes forment le sous-groupe (matriciellement ), noyau du morphisme déterminant .
4. Classification : le plan et l'espace
Dans le plan euclidien orienté : est formé des rotations (déterminant 1, pas de valeur propre réelle sauf ) ; les isométries indirectes (déterminant ) sont les réflexions (symétries orthogonales par rapport à une droite), diagonalisables de spectre .
Toute isométrie directe (, ) est une rotation : il existe un axe (droite des vecteurs invariants) et un angle tels que, dans une base orthonormée directe adaptée :
Démonstration (l'axe existe : 1 est valeur propre)
1 est valeur propre. Le polynôme caractéristique de est réel de degré 3 : il possède une racine réelle, nécessairement (théorème 3.3). Montrons que convient. Calculons :
en utilisant et . Donc : , et est valeur propre — il existe un vecteur invariant .
Réduction sur l'orthogonal. La droite est stable, donc le plan aussi (une isométrie conserve l'orthogonalité et ). L'endomorphisme induit sur est une isométrie du plan, de déterminant : c'est une rotation plane . D'où la forme matricielle, et la trace (invariant de similitude) vaut dans TOUTE base.
- Vérifier : colonnes orthonormées () et .
- Axe : résoudre (noyau de ) — droite dirigée par un vecteur , à normaliser.
- Angle (cosinus) : donne .
- Angle (signe) : orienter l'axe par , prendre et examiner le signe du produit mixte — positif pour . (Alternative : la partie antisymétrique de porte .)
Axe, cosinus, signe de l'angle : la routine doit être infaillible. Un mentor Majorant te fait identifier une dizaine de rotations de sujets réels (permutations, matrices à coefficients ±1/2…) jusqu'à dérouler la méthode en cinq minutes, signe compris.
Réserver une séance ciblée →5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Le vocabulaire euclidien est piégeux — florilège des rapports (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) :
6. Pour aller plus loin
Le bloc euclidien se referme ici — sur des ouvertures nombreuses :
- Topologie des evn — est compact (fermé borné de ) : LE exemple de partie compacte des sujets ; la décomposition polaire mêle isométries et symétriques positives.
- Calcul différentiel et optimisation — extrema de formes quadratiques sur la sphère : les valeurs propres extrêmes d'une symétrique sont les extrema de sous (quotient de Rayleigh).
- Probabilités et statistiques — matrices de covariance : symétriques positives, diagonalisées en axes principaux (l'ACP des data-scientists est un théorème spectral appliqué).
- Physique — tenseur d'inertie, axes principaux, modes propres de vibration : le théorème spectral est partout où la physique est quadratique.
Réduction + euclidien : le combo qui fait la moitié de l'algèbre des écrits. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) enchaînent les deux blocs avec exos type concours et khôlles blanches — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir l'adjoint et sa matrice (transposée EN BASE ORTHONORMÉE) ?
- Connais-tu les exemples d'endomorphismes symétriques (projections et symétries orthogonales, AᵀA) ?
- Sais-tu démontrer que l'orthogonal d'un stable est stable pour un symétrique ?
- Sais-tu démontrer que les valeurs propres d'une symétrique réelle sont réelles (calcul avec X̄ᵀ) ?
- Sais-tu démontrer l'orthogonalité de deux sous-espaces propres distincts ?
- Sais-tu énoncer le théorème spectral sous ses deux formes (endomorphisme, A = PDPᵀ) ?
- Sais-tu montrer que AᵀA est symétrique à valeurs propres positives (‖AX‖²) ?
- Sais-tu définir isométrie et matrice orthogonale (colonnes orthonormées), et démontrer det = ±1, vp réelles = ±1 ?
- Sais-tu distinguer symétrique et orthogonale (diagonalisable vs pas, spectres) ?
- Sais-tu démontrer que 1 est valeur propre de toute rotation de dimension 3 ?
- Sais-tu dérouler la méthode axe / cos θ par la trace / signe par le produit mixte ?
- Sais-tu traiter l'exemple de la permutation circulaire (axe (1,1,1), θ = ±2π/3) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Stabilité de l'orthogonal — ⟨u(x), y⟩ = ⟨x, u(y)⟩ = 0 en trois lignes
- Théorème spectral (jalons) — spectre réel via X̄ᵀAX, orthogonalité des sous-espaces propres, récurrence
- Propriétés des isométries — det = ±1, valeurs propres ±1, bases orthonormées
- Rotations de l'espace — det(u − id) = 0 par manipulation de déterminants, réduction sur l'orthogonal