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📘 Fiche de cours · 2e année📐 MP🧮 Mathématiques

Endomorphismes euclidiens et théorème spectral

Le sommet du bloc euclidien en MP : adjoint et endomorphismes symétriques, théorème spectral (diagonalisation en base orthonormée, A = PDPᵀ), le réflexe AᵀA, isométries vectorielles et groupe orthogonal, classification des rotations de l'espace (axe, angle, trace = 1 + 2cos θ). Avec les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges des rapports de jury.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

5 définitions3 théorèmes4 démos à savoirMis à jour le 2026-07-04

Vue d'ensemble

Quand la réduction rencontre le produit scalaire, elle produit le plus beau théorème du programme : tout endomorphisme symétrique se diagonalise en base orthonormée — le théorème spectral. Ce chapitre organise les deux familles d'endomorphismes compatibles avec la géométrie euclidienne : les symétriques (adjoint égal à eux-mêmes, diagonalisables sans condition) et les isométries (qui conservent la norme, matrices orthogonales, rotations). Aux concours, c'est un pourvoyeur inépuisable : matrices symétriques réelles, , groupe orthogonal, rotations de l'espace. Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges relevés dans les rapports de jury.

Au programme MP (officiel) — Endomorphismes des espaces euclidiens : adjoint d'un endomorphisme, endomorphismes symétriques (autoadjoints), théorème spectral (diagonalisation en base orthonormée) ; isométries vectorielles, groupe orthogonal, matrices orthogonales, déterminant ±1 ; isométries du plan, rotations de l'espace de dimension 3 (axe et angle).

Prérequis

  • Espaces préhilbertiens : bases orthonormées, projection orthogonale, supplémentaire orthogonal
  • Réduction : diagonalisabilité, sous-espaces stables, polynôme caractéristique
  • Isométries vectorielles de sup (plan euclidien)
🎯 Accompagnement Majorant

Symétrique, orthogonal, adjoint : trois mots qui se ressemblent, trois objets différents. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines démêlent le vocabulaire et t'entraînent sur les grands classiques (AᵀA, rotations 3D, racines carrées de matrices) jusqu'à la maîtrise complète.

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1. L'adjoint d'un endomorphisme

Définition 1.1 — Adjoint

Soit euclidien et . L'adjoint de est l'unique endomorphisme vérifiant :

Dans toute base orthonormée, la matrice de est la transposée de celle de : . Propriétés : , , .

Définition 1.2 — Endomorphisme symétrique (autoadjoint)

est symétrique si , c'est-à-dire :

En base orthonormée : matrice symétrique (). Exemples fondamentaux : les projections orthogonales et les symétries orthogonales ; pour toute matrice , les matrices et .

Proposition 1.3 — Stabilité de l'orthogonal ★ À savoir démontrer

Si est symétrique et stable par , alors est stable par .

Démonstration (trois lignes, clé du théorème spectral)

Soit ; montrons . Pour tout :

car (stabilité de ) et . Donc est orthogonal à tout : . C'est ce mécanisme qui permettra la récurrence du théorème spectral : chaque fois qu'on isole une direction propre, son orthogonal reste un terrain de jeu stable.

2. Le théorème spectral

Théorème 2.1 — Théorème spectral ★ À savoir démontrer

Tout endomorphisme symétrique d'un espace euclidien est diagonalisable dans une base orthonormée : il existe une base orthonormée de vecteurs propres, et les sous-espaces propres sont deux à deux orthogonaux. Version matricielle : pour toute matrice symétrique réelle , il existe orthogonale () et diagonale telles que :

Démonstration (les deux jalons exigibles : spectre réel, orthogonalité des sous-espaces propres)

Jalon 1 — Les valeurs propres (complexes) d'une symétrique réelle sont réelles. Soit avec . Calculons de deux façons. D'une part . D'autre part, comme est réelle symétrique, , d'où . Or : donc , . Le polynôme caractéristique, scindé sur , est donc scindé sur : admet au moins une valeur propre réelle.

Jalon 2 — Deux sous-espaces propres distincts sont orthogonaux. Si et avec :

d'où et .

Conclusion (schéma de récurrence). On prend un vecteur propre unitaire (jalon 1) ; l'hyperplan est stable (proposition 1.3, car est stable), et l'endomorphisme induit y est encore symétrique : on itère jusqu'à obtenir une base orthonormée de vecteurs propres. (La rédaction complète de la récurrence est guidée dans les sujets ; les deux jalons, eux, sont exigibles tels quels.)

💡 Le réflexe AᵀA. Pour toute , la matrice est symétrique () donc diagonalisable en base orthonormée, et ses valeurs propres sont positives : si avec , alors . Ce petit calcul () ouvre un sujet sur trois — à connaître par cœur.
⚠ Piège — « Symétrique » exige une base ORTHONORMÉE. La matrice d'un endomorphisme symétrique dans une base quelconque n'a aucune raison d'être symétrique — et une matrice symétrique dans une base non orthonormée ne représente pas forcément un endomorphisme symétrique. Le théorème spectral s'applique aux matrices symétriques RÉELLES ; une symétrique complexe peut ne pas être diagonalisable. Trois nuances, trois pièges de jury.

3. Isométries vectorielles et groupe orthogonal

Définition 3.1 — Isométrie vectorielle

est une isométrie (ou automorphisme orthogonal) si elle conserve la norme : . De façon équivalente (polarisation), elle conserve le produit scalaire : , ou encore . L'ensemble des isométries de est un groupe : le groupe orthogonal .

Définition 3.2 — Matrice orthogonale

est orthogonale si (soit ) — c'est-à-dire si ses colonnes forment une base orthonormée de . Groupe noté ; est le groupe spécial orthogonal (rotations).

Théorème 3.3 — Propriétés des isométries ★ À savoir démontrer
  • Le déterminant d'une isométrie vaut (directes : , indirectes : ).
  • Les seules valeurs propres réelles possibles sont .
  • Une isométrie conserve l'orthogonalité, transforme toute base orthonormée en base orthonormée — et réciproquement, un endomorphisme qui envoie une base orthonormée sur une base orthonormée est une isométrie.
Démonstration (déterminant et valeurs propres)

Déterminant. De : , donc . Attention, la réciproque est fausse : ne rend pas orthogonale (contre-exemple : ).

Valeurs propres réelles. Si avec : , donc : . (Sur , les valeurs propres sont de module 1 — pour les rotations planes.)

Bases orthonormées. conserve le produit scalaire donc envoie toute famille orthonormée sur une famille orthonormée. Réciproquement, si envoie une base orthonormée sur une base orthonormée, alors pour : (Pythagore dans les deux bases).

⚠ Piège — Colonnes orthonormées, pas seulement orthogonales. « Matrice orthogonale » exige des colonnes orthogonales ET unitaires : a des colonnes orthogonales sans être orthogonale. Vérifier contrôle les deux d'un coup — et c'est le test à faire AVANT toute identification de rotation.
Définition 3.4 — Isométries directes et indirectes

Une isométrie est directe si son déterminant vaut (elle conserve l'orientation — on parle de rotation), indirecte s'il vaut (elle la renverse — réflexions et leurs composées). Les isométries directes forment le sous-groupe (matriciellement ), noyau du morphisme déterminant .

📝 Symétrique vs orthogonale : le tableau mental. Symétrique () : diagonalisable en b.o.n., valeurs propres réelles quelconques. Orthogonale () : PAS diagonalisable sur en général (rotations !), valeurs propres de module 1. Une matrice à la fois symétrique et orthogonale vérifie : c'est une symétrie orthogonale. Les deux familles ne se recouvrent que là.

4. Classification : le plan et l'espace

Proposition 4.1 — Isométries du plan (rappel structuré)

Dans le plan euclidien orienté : est formé des rotations (déterminant 1, pas de valeur propre réelle sauf ) ; les isométries indirectes (déterminant ) sont les réflexions (symétries orthogonales par rapport à une droite), diagonalisables de spectre .

Théorème 4.2 — Rotations de l'espace (dimension 3) ★ À savoir démontrer

Toute isométrie directe (, ) est une rotation : il existe un axe (droite des vecteurs invariants) et un angle tels que, dans une base orthonormée directe adaptée :

Démonstration (l'axe existe : 1 est valeur propre)

1 est valeur propre. Le polynôme caractéristique de est réel de degré 3 : il possède une racine réelle, nécessairement (théorème 3.3). Montrons que convient. Calculons :

en utilisant et . Donc : , et est valeur propre — il existe un vecteur invariant .

Réduction sur l'orthogonal. La droite est stable, donc le plan aussi (une isométrie conserve l'orthogonalité et ). L'endomorphisme induit sur est une isométrie du plan, de déterminant : c'est une rotation plane . D'où la forme matricielle, et la trace (invariant de similitude) vaut dans TOUTE base.

📐 Méthode-type — Identifier une rotation de l'espace donnée par sa matrice A.
  1. Vérifier : colonnes orthonormées () et .
  2. Axe : résoudre (noyau de ) — droite dirigée par un vecteur , à normaliser.
  3. Angle (cosinus) : donne .
  4. Angle (signe) : orienter l'axe par , prendre et examiner le signe du produit mixte — positif pour . (Alternative : la partie antisymétrique de porte .)
💡 Exemple express. (permutation circulaire des vecteurs de base) : colonnes orthonormées ✓, ✓. Axe : donne , soit . Trace : , donc : — la rotation d'un tiers de tour autour de la grande diagonale du cube. Classique absolu des oraux.
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5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Le vocabulaire euclidien est piégeux — florilège des rapports (X-ENS, Mines-Ponts, Centrale, CCINP) :

⚠ Erreur 1 — Utiliser Mat(u*) = Mat(u)ᵀ dans une base non orthonormée. La formule de transposition exige une base ORTHONORMÉE. Même exigence pour lire la symétrie d'un endomorphisme sur sa matrice. En base quelconque, tout est faux — et les sujets qui imposent une base bizarre testent précisément cela.
⚠ Erreur 2 — Appliquer le théorème spectral à une matrice non symétrique (ou complexe). Le théorème spectral concerne les symétriques RÉELLES. Ni les matrices réelles quelconques, ni les symétriques complexes (contre-exemple classique : , non diagonalisable). Vérifier — et écrire — « symétrique réelle » avant d'invoquer le théorème.
⚠ Erreur 3 — Confondre P⁻¹ et Pᵀ hors du cadre orthogonal. n'est licite que si est ORTHOGONALE (colonnes orthonormées — il faut NORMALISER les vecteurs propres !). Avec des vecteurs propres non normalisés, c'est et . Oubli de normalisation = erreur la plus fréquente du chapitre selon les rapports.
⚠ Erreur 4 — Croire qu'une isométrie est diagonalisable. Une rotation plane d'angle n'a AUCUNE valeur propre réelle, donc n'est pas diagonalisable sur — et une rotation de l'espace ne l'est pas davantage (son plan orthogonal à l'axe tourne). Seules les symétries orthogonales cumulent « isométrie » et « diagonalisable ».
⚠ Erreur 5 — Donner un angle de rotation sans orienter l'axe. Le signe de n'a de sens qu'après avoir choisi une orientation de l'axe (changer en change en ). La trace ne donne que : conclure « » sans préciser l'orientation ni examiner le signe est incomplet — sanctionné aux oraux comme aux écrits.

6. Pour aller plus loin

Le bloc euclidien se referme ici — sur des ouvertures nombreuses :

  • Topologie des evn est compact (fermé borné de ) : LE exemple de partie compacte des sujets ; la décomposition polaire mêle isométries et symétriques positives.
  • Calcul différentiel et optimisation — extrema de formes quadratiques sur la sphère : les valeurs propres extrêmes d'une symétrique sont les extrema de sous (quotient de Rayleigh).
  • Probabilités et statistiques — matrices de covariance : symétriques positives, diagonalisées en axes principaux (l'ACP des data-scientists est un théorème spectral appliqué).
  • Physique — tenseur d'inertie, axes principaux, modes propres de vibration : le théorème spectral est partout où la physique est quadratique.
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Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu définir l'adjoint et sa matrice (transposée EN BASE ORTHONORMÉE) ?
  • Connais-tu les exemples d'endomorphismes symétriques (projections et symétries orthogonales, AᵀA) ?
  • Sais-tu démontrer que l'orthogonal d'un stable est stable pour un symétrique ?
  • Sais-tu démontrer que les valeurs propres d'une symétrique réelle sont réelles (calcul avec X̄ᵀ) ?
  • Sais-tu démontrer l'orthogonalité de deux sous-espaces propres distincts ?
  • Sais-tu énoncer le théorème spectral sous ses deux formes (endomorphisme, A = PDPᵀ) ?
  • Sais-tu montrer que AᵀA est symétrique à valeurs propres positives (‖AX‖²) ?
  • Sais-tu définir isométrie et matrice orthogonale (colonnes orthonormées), et démontrer det = ±1, vp réelles = ±1 ?
  • Sais-tu distinguer symétrique et orthogonale (diagonalisable vs pas, spectres) ?
  • Sais-tu démontrer que 1 est valeur propre de toute rotation de dimension 3 ?
  • Sais-tu dérouler la méthode axe / cos θ par la trace / signe par le produit mixte ?
  • Sais-tu traiter l'exemple de la permutation circulaire (axe (1,1,1), θ = ±2π/3) ?

Démonstrations à savoir refaire

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