Vue d'ensemble
Une variable aléatoire, c'est un nuage de valeurs pondérées ; deux nombres suffisent souvent à le résumer : sa moyenne (l'espérance, où se situe le nuage) et sa dispersion (la variance, à quel point il s'étale). Mais le vrai trésor de ce chapitre, ce sont les inégalités de concentration : sans rien connaître de la loi, elles bornent la probabilité qu'une variable s'éloigne de sa moyenne. Elles culminent dans la loi faible des grands nombres, qui justifie enfin pourquoi « la moyenne empirique tend vers l'espérance » — le socle de toute la statistique. Cette fiche donne les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges des rapports de jury.
Prérequis
- Variables aléatoires discrètes : loi, indépendance, lois usuelles
- Séries numériques : convergence absolue (condition d'existence de l'espérance)
- Lois usuelles : espérance et variance de la binomiale, géométrique, Poisson
Les inégalités de Markov et Tchebychev te semblent abstraites ? Elles tiennent en trois lignes de démonstration et rapportent gros aux concours. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font manipuler espérance, variance et concentration sur les sujets CCINP et Mines jusqu'à l'aisance.
Trouver un mentor PC →1. Espérance : la valeur moyenne
Soit une variable aléatoire discrète à valeurs dans . Si la série converge absolument, son espérance est C'est la moyenne des valeurs pondérées par leurs probabilités. La convergence absolue est requise pour que la somme ne dépende pas de l'ordre des termes.
Pour toutes variables admettant une espérance et tous réels : Théorème de transfert : pour une fonction , (sous réserve de convergence absolue) — inutile de connaître la loi de . Enfin, si et sont indépendantes, .
2. Variance, écart-type et covariance
La variance de (lorsque admet une espérance) mesure la dispersion autour de la moyenne : Propriété d'échelle : (une translation ne change pas la dispersion).
La variance se calcule presque toujours par
Démonstration (développement + linéarité)
Notons , un réel. Par définition et linéarité de l'espérance :
Or , donc . D'où
On a utilisé que et sont des constantes (, ) et la linéarité. Cette forme est la plus commode en calcul : on obtient et , puis on soustrait. Au passage, donne (un cas de l'inégalité de Cauchy-Schwarz).
La covariance de et est . Elle intervient dans la variance d'une somme : Si et sont indépendantes, et donc : la variance est additive pour des variables indépendantes.
König-Huygens, additivité, variance d'une binomiale en une ligne ? Un mentor Majorant te fait acquérir les réflexes de calcul (espérance et variance des lois usuelles, sommes de variables indépendantes) qui font gagner un temps précieux en épreuve.
Réserver une séance ciblée →3. Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev
Pour une variable aléatoire positive admettant une espérance, et pour tout : Une variable positive ne peut pas être « souvent grande » si sa moyenne est petite.
Si admet une variance, alors pour tout : La probabilité de s'écarter de la moyenne de plus de est bornée par la dispersion, quelle que soit la loi.
Démonstration (Markov appliquée à l'écart au carré)
Posons . C'est une variable positive, d'espérance . Appliquons l'inégalité de Markov à avec le seuil :
Il reste à traduire l'événement. Comme le carré est croissant sur les positifs,
Les deux événements sont identiques, donc de même probabilité : . CQFD. Retenir le schéma : Bienaymé-Tchebychev = Markov sur l'écart quadratique.
4. La loi faible des grands nombres
Pour variables , la moyenne empirique est . C'est elle qui, en pratique, estime une espérance inconnue à partir d'observations.
Soient des variables indépendantes, de même loi, d'espérance et de variance . Alors, pour tout , La moyenne empirique converge en probabilité vers l'espérance : c'est la justification rigoureuse de « la fréquence tend vers la probabilité ».
Démonstration (espérance et variance de M_n, puis Tchebychev)
Espérance de . Par linéarité,
Variance de . Les sont indépendantes, donc la variance est additive, et :
Concentration. Appliquons Bienaymé-Tchebychev à (d'espérance , de variance ) :
Le majorant tend vers quand (à fixé) : la probabilité d'un écart supérieur à devient arbitrairement petite. C'est la convergence en probabilité . Idée-clé : la variance de la moyenne décroît en , ce qui « concentre » autour de .
- Identifier la variable et ses moments : calculer et (König-Huygens, additivité si somme de variables indépendantes).
- Choisir l'inégalité : variable positive et seuil ⟹ Markov ; écart à la moyenne ⟹ Bienaymé-Tchebychev.
- Appliquer proprement (bien poser ou ), puis passer à la limite pour une moyenne empirique.
- Interpréter : convergence en probabilité, taille d'échantillon nécessaire pour une précision donnée ().
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) signalent régulièrement ces fautes.
6. Pour aller plus loin
Espérance, variance et concentration irriguent les probabilités et la physique :
- Statistique et estimation — la moyenne empirique est un estimateur convergent ; intervalles de confiance, taille d'échantillon.
- Théorème central limite (culture) — la loi faible dit « » ; le TCL précise la vitesse () et la loi limite gaussienne.
- Physique statistique — fluctuations relatives en , négligeables à l'échelle macroscopique : c'est la même décroissance de la variance.
- Marches aléatoires et bruit — variance additive des incréments indépendants, étalement en .
Les probabilités PC sont un vivier de points sûrs aux écrits. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) couvrent variables aléatoires, espérance, variance et concentration avec exos type concours et khôlles blanches, encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages PC →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir l'espérance et la condition d'existence (convergence absolue) ?
- Sais-tu utiliser la linéarité et le théorème de transfert E(g(X)) ?
- Sais-tu que E(XY) = E(X)E(Y) exige l'indépendance, mais pas E(X+Y) = E(X)+E(Y) ?
- Sais-tu définir variance et écart-type, et l'effet V(aX+b) = a²V(X) ?
- Sais-tu démontrer la formule de König-Huygens V(X) = E(X²) − E(X)² ?
- Sais-tu que V(X+Y) = V(X)+V(Y) pour des variables indépendantes ?
- Sais-tu que covariance nulle n'implique pas indépendance ?
- Sais-tu énoncer l'inégalité de Markov (variable positive) ?
- Sais-tu démontrer Bienaymé-Tchebychev à partir de Markov (écart au carré) ?
- Sais-tu que ces bornes sont universelles (2σ → 1/4, 3σ → 1/9) ?
- Sais-tu démontrer la loi faible des grands nombres (E et V de M_n, puis Tchebychev) ?
- Sais-tu que la variance de la moyenne décroît en 1/n, d'où la concentration ?
Démonstrations à savoir refaire
- Formule de König-Huygens — développement de E((X−m)²) et linéarité
- Inégalité de Bienaymé-Tchebychev — Markov appliquée à (X−E(X))²
- Loi faible des grands nombres — E(M_n)=m, V(M_n)=σ²/n, puis Tchebychev