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📘 Fiche de cours · 2e année⚗️ PC🧮 Mathématiques

Espérance, variance, concentration

Les deux nombres qui résument une variable aléatoire et les inégalités qui la contrôlent : espérance (linéarité, transfert, produit de variables indépendantes), variance et formule de König-Huygens V(X) = E(X²) − E(X)², covariance et variance d'une somme, inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev, et loi faible des grands nombres (la moyenne empirique converge en probabilité vers l'espérance). Avec les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges des rapports de jury.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

5 définitions4 théorèmes3 démos à savoirMis à jour le 2026-07-12

Vue d'ensemble

Une variable aléatoire, c'est un nuage de valeurs pondérées ; deux nombres suffisent souvent à le résumer : sa moyenne (l'espérance, où se situe le nuage) et sa dispersion (la variance, à quel point il s'étale). Mais le vrai trésor de ce chapitre, ce sont les inégalités de concentration : sans rien connaître de la loi, elles bornent la probabilité qu'une variable s'éloigne de sa moyenne. Elles culminent dans la loi faible des grands nombres, qui justifie enfin pourquoi « la moyenne empirique tend vers l'espérance » — le socle de toute la statistique. Cette fiche donne les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges des rapports de jury.

Au programme PC (officiel) — Espérance d'une variable aléatoire discrète, linéarité, théorème de transfert, espérance d'un produit de variables indépendantes. Variance, écart-type, formule de König-Huygens, covariance et variance d'une somme. Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev. Loi faible des grands nombres. (Les fonctions génératrices sont hors programme PC.)

Prérequis

  • Variables aléatoires discrètes : loi, indépendance, lois usuelles
  • Séries numériques : convergence absolue (condition d'existence de l'espérance)
  • Lois usuelles : espérance et variance de la binomiale, géométrique, Poisson
🎯 Accompagnement Majorant

Les inégalités de Markov et Tchebychev te semblent abstraites ? Elles tiennent en trois lignes de démonstration et rapportent gros aux concours. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font manipuler espérance, variance et concentration sur les sujets CCINP et Mines jusqu'à l'aisance.

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1. Espérance : la valeur moyenne

Définition 1.1 — Espérance

Soit une variable aléatoire discrète à valeurs dans . Si la série converge absolument, son espérance est C'est la moyenne des valeurs pondérées par leurs probabilités. La convergence absolue est requise pour que la somme ne dépende pas de l'ordre des termes.

Théorème 1.2 — Linéarité et transfert

Pour toutes variables admettant une espérance et tous réels : Théorème de transfert : pour une fonction , (sous réserve de convergence absolue) — inutile de connaître la loi de . Enfin, si et sont indépendantes, .

⚠ Piège — La linéarité n'exige pas l'indépendance ; le produit, si. est toujours vrai. En revanche n'est garanti que si et sont indépendantes. Confondre les deux est l'erreur classique du chapitre.

2. Variance, écart-type et covariance

Définition 2.1 — Variance et écart-type

La variance de (lorsque admet une espérance) mesure la dispersion autour de la moyenne : Propriété d'échelle : (une translation ne change pas la dispersion).

Théorème 2.2 — Formule de König-Huygens ★ À savoir démontrer

La variance se calcule presque toujours par

Démonstration (développement + linéarité)

Notons , un réel. Par définition et linéarité de l'espérance :

Or , donc . D'où

On a utilisé que et sont des constantes (, ) et la linéarité. Cette forme est la plus commode en calcul : on obtient et , puis on soustrait. Au passage, donne (un cas de l'inégalité de Cauchy-Schwarz).

Définition 2.3 — Covariance et variance d'une somme

La covariance de et est . Elle intervient dans la variance d'une somme : Si et sont indépendantes, et donc : la variance est additive pour des variables indépendantes.

⚠ Piège — Covariance nulle n'implique pas indépendance. L'indépendance entraîne , mais la réciproque est fausse : deux variables peuvent être décorrélées sans être indépendantes. Ne jamais conclure à l'indépendance à partir d'une covariance nulle.
🧑‍🏫 Les automatismes du calcul de variance

König-Huygens, additivité, variance d'une binomiale en une ligne ? Un mentor Majorant te fait acquérir les réflexes de calcul (espérance et variance des lois usuelles, sommes de variables indépendantes) qui font gagner un temps précieux en épreuve.

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3. Inégalités de Markov et de Bienaymé-Tchebychev

Définition 3.1 — Inégalité de Markov

Pour une variable aléatoire positive admettant une espérance, et pour tout : Une variable positive ne peut pas être « souvent grande » si sa moyenne est petite.

Théorème 3.2 — Inégalité de Bienaymé-Tchebychev ★ À savoir démontrer

Si admet une variance, alors pour tout : La probabilité de s'écarter de la moyenne de plus de est bornée par la dispersion, quelle que soit la loi.

Démonstration (Markov appliquée à l'écart au carré)

Posons . C'est une variable positive, d'espérance . Appliquons l'inégalité de Markov à avec le seuil :

Il reste à traduire l'événement. Comme le carré est croissant sur les positifs,

Les deux événements sont identiques, donc de même probabilité : . CQFD. Retenir le schéma : Bienaymé-Tchebychev = Markov sur l'écart quadratique.

💡 Exemple — Une borne universelle. Pour toute variable de variance finie, la probabilité de s'éloigner de la moyenne de plus de est au plus ; de plus de , au plus . Ces bornes sont grossières (une gaussienne fait bien mieux) mais valables sans hypothèse sur la loi — c'est toute leur force.

4. La loi faible des grands nombres

Définition 4.1 — Moyenne empirique

Pour variables , la moyenne empirique est . C'est elle qui, en pratique, estime une espérance inconnue à partir d'observations.

Théorème 4.2 — Loi faible des grands nombres ★ À savoir démontrer

Soient des variables indépendantes, de même loi, d'espérance et de variance . Alors, pour tout , La moyenne empirique converge en probabilité vers l'espérance : c'est la justification rigoureuse de « la fréquence tend vers la probabilité ».

Démonstration (espérance et variance de M_n, puis Tchebychev)

Espérance de . Par linéarité,

Variance de . Les sont indépendantes, donc la variance est additive, et :

Concentration. Appliquons Bienaymé-Tchebychev à (d'espérance , de variance ) :

Le majorant tend vers quand fixé) : la probabilité d'un écart supérieur à devient arbitrairement petite. C'est la convergence en probabilité . Idée-clé : la variance de la moyenne décroît en , ce qui « concentre » autour de .

📐 Méthode-type — Majorer une probabilité de grand écart.
  1. Identifier la variable et ses moments : calculer et (König-Huygens, additivité si somme de variables indépendantes).
  2. Choisir l'inégalité : variable positive et seuil ⟹ Markov ; écart à la moyenne ⟹ Bienaymé-Tchebychev.
  3. Appliquer proprement (bien poser ou ), puis passer à la limite pour une moyenne empirique.
  4. Interpréter : convergence en probabilité, taille d'échantillon nécessaire pour une précision donnée ().

5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) signalent régulièrement ces fautes.

⚠ Erreur 1 — Oublier la convergence absolue. L'espérance n'existe que si converge. Écrire sans vérifier cette condition (ex. loi à queue lourde) est une faute : la variable peut ne pas admettre d'espérance.
⚠ Erreur 2 — Appliquer sans indépendance. Cette factorisation exige l'indépendance. Sans elle, il faut passer par la covariance. Même remède pour : garder le terme , sauf si les variables sont indépendantes (il est alors nul).
⚠ Erreur 3 — Appliquer Markov à une variable non positive. L'inégalité de Markov suppose . Pour un écart , on passe au carré (variable positive) : c'est exactement la démonstration de Bienaymé-Tchebychev.
⚠ Erreur 4 — Déduire l'indépendance d'une covariance nulle. signifie « non corrélées », pas « indépendantes ». La réciproque de « indépendantes ⟹ décorrélées » est fausse.
⚠ Erreur 5 — Confondre convergence en probabilité et convergence sûre. La loi faible affirme , pas que tend vers pour chaque tirage. La convergence presque sûre (loi forte) est hors programme : ne pas la revendiquer.

6. Pour aller plus loin

Espérance, variance et concentration irriguent les probabilités et la physique :

  • Statistique et estimation — la moyenne empirique est un estimateur convergent ; intervalles de confiance, taille d'échantillon.
  • Théorème central limite (culture) — la loi faible dit « » ; le TCL précise la vitesse () et la loi limite gaussienne.
  • Physique statistique — fluctuations relatives en , négligeables à l'échelle macroscopique : c'est la même décroissance de la variance.
  • Marches aléatoires et bruit — variance additive des incréments indépendants, étalement en .
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Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu définir l'espérance et la condition d'existence (convergence absolue) ?
  • Sais-tu utiliser la linéarité et le théorème de transfert E(g(X)) ?
  • Sais-tu que E(XY) = E(X)E(Y) exige l'indépendance, mais pas E(X+Y) = E(X)+E(Y) ?
  • Sais-tu définir variance et écart-type, et l'effet V(aX+b) = a²V(X) ?
  • Sais-tu démontrer la formule de König-Huygens V(X) = E(X²) − E(X)² ?
  • Sais-tu que V(X+Y) = V(X)+V(Y) pour des variables indépendantes ?
  • Sais-tu que covariance nulle n'implique pas indépendance ?
  • Sais-tu énoncer l'inégalité de Markov (variable positive) ?
  • Sais-tu démontrer Bienaymé-Tchebychev à partir de Markov (écart au carré) ?
  • Sais-tu que ces bornes sont universelles (2σ → 1/4, 3σ → 1/9) ?
  • Sais-tu démontrer la loi faible des grands nombres (E et V de M_n, puis Tchebychev) ?
  • Sais-tu que la variance de la moyenne décroît en 1/n, d'où la concentration ?

Démonstrations à savoir refaire

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