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📘 Fiche de cours · 1re année📐 MPSI⚗️ Chimie

Solides macrocovalents et moléculaires

Diamant, graphite, glace : trois architectures cristallines, trois jeux de propriétés. Cette fiche MPSI décrit les solides macrocovalents (réseau 3D de liaisons covalentes) et les solides moléculaires (entités liées par van der Waals et liaisons H), avec les démonstrations canoniques : comptage z = 8 dans la maille du diamant, conductivité anisotrope du graphite par les électrons π délocalisés, densité anormale de la glace expliquée par la coordinence tétraédrique imposée par les liaisons H.

Fiche rédigée par les mentors Majorant — alumni Polytechnique, CentraleSupélec et Mines Paris.

5 définitions3 théorèmes3 démos à savoirMis à jour le 2026-05-18

Vue d'ensemble

Après les cristaux métalliques, la MPSI explore deux autres grandes familles de solides qui s'opposent point par point : les solides macrocovalents (réseau 3D de liaisons covalentes : diamant, graphite, silicium) et les solides moléculaires (molécules empilées et reliées par interactions de van der Waals ou liaisons hydrogène : glace, CO₂ solide, I₂). Cette fiche regroupe les 2 grandes catégories de solides covalents, les 3 exemples canoniques à connaître par cœur (diamant, graphite, glace) et les 3 démonstrations à savoir refaire qui expliquent pourquoi le diamant est le matériau le plus dur connu, pourquoi le graphite conduit le courant et pourquoi la glace flotte sur l'eau liquide.

Au programme MPSI (officiel) — Solide covalent (ou macrocovalent) : réseau tridimensionnel d'atomes liés par liaisons covalentes. Exemples du diamant (carbone sp³, structure dérivée du CFC), du graphite (carbone sp² en plans hexagonaux), du silicium. Solide moléculaire : entités moléculaires reliées par interactions de van der Waals et liaisons hydrogène. Exemples de la glace, du CO₂ solide, du diiode. Lien entre type d'interaction, énergie de cohésion et propriétés macroscopiques (température de fusion, dureté, conductivité électrique).

Prérequis

  • Cristaux métalliques (chap. 9) — notion de maille, population z, coordinence, compacité
  • Structure CFC : 8 atomes aux sommets, 6 aux faces, sites tétraédriques et octaédriques
  • Liaison covalente (chap. 2) — modèle de Lewis, hybridation sp, sp², sp³
  • Interactions intermoléculaires (chap. 3) — van der Waals (Keesom, Debye, London) et liaison hydrogène
  • Nombre d'Avogadro et masse molaire
🎯 Accompagnement Majorant

Tu n'arrives pas à expliquer pourquoi le diamant est dur et le graphite tendre alors que c'est le même atome ? C'est LA question piège du chapitre, et elle tombe à l'oral chaque année. Nos mentors alumni X·Centrale·Mines te font dessiner les structures au tableau, relier hybridation et propriétés en 3 minutes, et anticiper toutes les variantes du jury.

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1. Classification des solides cristallins

Un cristal est entièrement décrit par deux ingrédients : les entités qui occupent les nœuds du réseau (atomes, ions, molécules) et la nature des interactions qui les retiennent en place. Selon ces deux ingrédients, on distingue quatre grandes familles de solides cristallins.

Définition 1.1 — Les quatre familles de solides cristallins
  • Solides métalliques — cations reliés par un gaz d'électrons délocalisés (chap. précédent).
  • Solides ioniques — cations et anions reliés par interactions coulombiennes (NaCl, CsCl).
  • Solides macrocovalents (ou covalents) — atomes reliés par liaisons covalentes formant un réseau tridimensionnel (diamant, graphite, silicium).
  • Solides moléculaires — molécules reliées par interactions de van der Waals et/ou liaisons hydrogène (glace, CO₂ solide, I₂).
📝 La règle d'or du chapitre. La nature de l'interaction qui retient les entités dicte les propriétés macroscopiques : énergie de cohésion, température de fusion, dureté, conductivité. Plus l'interaction est forte (covalente ionique métallique van der Waals), plus le solide est dur, réfractaire et résistant.
Proposition 1.2 — Ordres de grandeur des énergies d'interaction

Pour situer les ordres de grandeur (énergies par liaison, en kJ·mol⁻¹) :

  • Liaison covalente : à (très forte)
  • Liaison ionique : à (énergie réticulaire)
  • Liaison métallique : à
  • Liaison hydrogène : à
  • Van der Waals : à (très faible)
⚠ Piège #1 du chapitre — ne confonds pas « solide covalent » et « molécule covalente solide ». Le diamant est un solide macrocovalent : il n'y a aucune molécule, juste un réseau 3D infini d'atomes de carbone tous reliés par liaisons covalentes. À l'inverse, la glace est un solide moléculaire : les molécules H₂O (entités covalentes) sont reliées entre elles par des liaisons hydrogène (qui ne sont PAS des liaisons covalentes). C'est cette distinction qui explique tout le chapitre.

2. Solides macrocovalents — diamant, graphite, silicium

Définition 2.1 — Solide macrocovalent (ou covalent)

Un solide macrocovalent est un cristal dans lequel les atomes sont reliés entre eux par des liaisons covalentes formant un réseau tridimensionnel infini. La maille élémentaire ne contient pas de molécule identifiable : le cristal entier peut être vu comme une « macromolécule » unique.

2.1 — Le diamant (carbone sp³)

Proposition 2.2 — Structure du diamant

Dans le diamant, chaque atome de carbone est hybridé sp³ : il forme 4 liaisons covalentes dirigées vers les sommets d'un tétraèdre régulier (angle ). Géométriquement, la structure du diamant dérive de la structure cubique faces centrées (CFC) :

  • Atomes de carbone aux 8 sommets et aux 6 centres des faces du cube (CFC classique)
  • Atomes de carbone supplémentaires dans 4 sites tétraédriques sur les 8 disponibles (un sur deux, en alternance)

Coordinence : 4 (chaque atome a 4 voisins directs). Longueur de liaison : . Paramètre de maille : .

Théorème 2.3 — Population et coordinence du diamant ★ À savoir démontrer

La maille du diamant contient atomes de carbone. La coordinence vaut . Le paramètre de maille et la longueur de liaison sont reliés par :

Démonstration (comptage z et relation a / d)

Population z. On somme les contributions des atomes de la maille en tenant compte du fait qu'un atome partagé entre plusieurs mailles ne compte que pour une fraction :

  • 8 atomes aux sommets, chacun partagé entre 8 mailles :
  • 6 atomes aux centres des faces, chacun partagé entre 2 mailles :
  • 4 atomes dans les sites tétraédriques (entièrement à l'intérieur de la maille) :

Total : atomes par maille.

Coordinence. Chaque carbone forme 4 liaisons sp³ dirigées vers les 4 sommets d'un tétraèdre régulier : la coordinence est — c'est la signature géométrique de l'hybridation sp³.

Relation a / d. Considérons un atome au centre d'un site tétraédrique : ses 4 voisins occupent les sommets d'un petit cube d'arête (un sommet du grand cube, un centre de face… selon le sommet du tétraèdre considéré). La diagonale de ce petit cube vaut , et la distance d'un sommet du petit cube à son centre vaut la moitié, soit . C'est exactement la distance entre l'atome central et l'un de ses 4 voisins :

Application numérique : donne , valeur expérimentale de la liaison covalente — la cohérence du modèle est excellente.

Proposition 2.4 — Propriétés du diamant
  • Dureté maximale : 10 sur l'échelle de Mohs (matériau de référence). Cause : réseau 3D dense de liaisons covalentes fortes ( par liaison C–C), aucun plan de glissement privilégié.
  • Température de fusion très élevée : (sublimation à pression ambiante).
  • Isolant électrique : tous les électrons de valence sont engagés dans les liaisons sp³ ; aucun électron libre dans le réseau.
  • Transparent et incolore dans le visible (bande interdite — absorption dans l'UV uniquement).
  • Excellent conducteur thermique ( le cuivre) : le réseau covalent rigide propage très efficacement les vibrations (phonons).

2.2 — Le graphite (carbone sp²)

Proposition 2.5 — Structure du graphite

Dans le graphite, chaque atome de carbone est hybridé sp² : il forme 3 liaisons covalentes coplanaires (angle ) avec ses 3 voisins, et son quatrième électron de valence occupe une orbitale perpendiculaire au plan des 3 liaisons. La structure est constituée de plans hexagonaux (« plans de graphène ») empilés les uns au-dessus des autres.

  • Distance C–C dans un plan : (intermédiaire entre simple et double, à cause de la résonance des électrons π)
  • Distance entre plans : (très grande comparée à la liaison C–C)
  • Cohésion intra-plan : liaisons covalentes σ (très fortes)
  • Cohésion inter-plans : interactions de van der Waals (très faibles)
Théorème 2.6 — Conductivité électrique du graphite ★ À savoir démontrer

Le graphite est conducteur électrique dans le plan des feuillets et isolant perpendiculairement à ces feuillets — il est dit « conducteur anisotrope ».

Démonstration (par l'hybridation sp²)

Bilan des électrons de valence du carbone. Le carbone possède 4 électrons de valence (configuration 2s² 2p²). Dans l'hybridation sp² :

  • 3 électrons forment 3 orbitales hybrides sp² coplanaires, engagées dans 3 liaisons covalentes σ avec les voisins du plan : localisés, ils ne conduisent pas.
  • Le 4ᵉ électron occupe une orbitale perpendiculaire au plan ; il forme un système d'orbitales π délocalisées sur tout le plan (résonance type benzène généralisée à l'infini).

Dans le plan (parallèle au feuillet). Les électrons π peuvent se déplacer librement d'un atome à l'autre à l'intérieur du plan, exactement comme le gaz d'électrons d'un métal. Sous l'effet d'un champ électrique appliqué dans le plan, ils dérivent et créent un courant : le graphite est conducteur dans le plan (conductivité comparable à celle d'un métal médiocre).

Perpendiculairement aux feuillets. Pour passer d'un feuillet au suivant, un électron π devrait franchir un espace de où ne règnent que des interactions de van der Waals — il n'y a aucun pont d'orbitales électroniquement connecté entre deux plans. Le graphite est donc isolant perpendiculairement aux plans.

Conclusion. L'anisotropie de conduction reflète directement l'anisotropie structurale : liaisons covalentes intra-plan, van der Waals inter-plans.

Proposition 2.7 — Propriétés du graphite
  • Mou et lubrifiant — les feuillets glissent facilement les uns sur les autres (les interactions van der Waals inter-plans sont 100 fois plus faibles que les liaisons covalentes intra-plan). C'est pourquoi le graphite est utilisé comme mine de crayon et comme lubrifiant solide.
  • Conducteur électrique anisotrope — voir Théorème 2.6.
  • Conducteur thermique dans le plan, isolant perpendiculairement.
  • Température de fusion très élevée : (les liaisons covalentes intra-plan restent à briser).
  • Couleur noire opaque (système d'électrons π absorbant dans tout le visible).
Définition 2.7bis — Variété allotropique

On appelle variétés allotropiques d'un élément chimique les différentes formes cristallines (ou moléculaires) sous lesquelles cet élément peut exister à l'état pur. Le diamant et le graphite sont les deux variétés allotropiques classiques du carbone (auxquelles s'ajoutent, en chimie moderne, les fullerènes, les nanotubes et le graphène). De même, l'oxygène existe sous forme O₂ (dioxygène) ou O₃ (ozone) ; le soufre sous forme S₈ cyclique ou polymère ; le phosphore sous forme P₄ blanc, rouge ou noir.

💡 Diamant et graphite : deux allotropes du carbone. Le diamant et le graphite ont la même formule chimique (C) mais des structures cristallines différentes — on dit qu'ils sont des variétés allotropiques du carbone. À pression et température ambiantes, le graphite est la forme thermodynamiquement stable ; le diamant est métastable (la transition diamant → graphite existe mais sa cinétique est si lente — barrière d'activation énorme — qu'elle est négligeable à l'échelle humaine). À haute pression () et haute température, c'est le diamant qui devient stable : c'est la base de la synthèse industrielle du diamant.

2.3 — Le silicium et autres solides macrocovalents

Proposition 2.8 — Le silicium

Le silicium cristallise dans la même structure que le diamant (Si est juste en-dessous du carbone dans la colonne 14 : même nombre d'électrons de valence, même capacité à former 4 liaisons sp³). Différences notables :

  • Paramètre de maille plus grand : (vs pour C)
  • Liaisons Si–Si plus faibles que C–C ( vs ) : plus basse ()
  • Le silicium n'est pas isolant : c'est un semiconducteur, à cause de l'écart énergétique réduit entre la bande de valence et la bande de conduction ( seulement, contre pour le diamant). C'est la base de toute l'électronique moderne.
📝 Autres exemples de solides macrocovalents. Le germanium (Ge, même structure que C et Si), le carbure de silicium SiC (mêmes principes, structure dérivée diamant), le nitrure de bore BN (analogue structural du graphite ou du diamant selon la variété), le quartz SiO₂ (réseau tridimensionnel de tétraèdres SiO₄). Ces solides sont tous très durs, réfractaires et utilisés comme matériaux d'abrasion ou de structure.
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3. Solides moléculaires — glace, CO₂ solide, I₂

Définition 3.1 — Solide moléculaire

Un solide moléculaire est un cristal dans lequel les entités situées aux nœuds du réseau sont des molécules (entités covalentes identifiables), reliées entre elles par des interactions intermoléculaires faibles :

  • Forces de van der Waals (Keesom dipôle–dipôle, Debye dipôle–dipôle induit, London dispersion)
  • Éventuellement liaisons hydrogène (cas H₂O, NH₃, HF…)
Proposition 3.2 — Propriétés générales des solides moléculaires
  • Température de fusion basse (typiquement à ) — les interactions intermoléculaires sont 10 à 1000 fois plus faibles que les liaisons covalentes.
  • Dureté faible, solides souvent friables ou cireux.
  • Isolants électriques — aucun porteur de charge mobile (pas d'électrons libres, pas d'ions).
  • Faible énergie de cohésion — facilement sublimables (cas du CO₂ solide, « carboglace »).
  • Densité faible (typiquement ) — empilement moins dense que les métaux et les ioniques.

3.1 — La glace H₂O

La glace est l'exemple canonique de solide moléculaire stabilisé par liaisons hydrogène. C'est aussi l'un des rares solides dont la densité est inférieure à celle de son liquide — propriété cruciale pour la vie aquatique en hiver (la glace flotte, isolant le lac sous-jacent).

Proposition 3.3 — Structure de la glace (variété Ih, conditions ambiantes)

Dans la glace ordinaire (notée Ih), chaque molécule H₂O est entourée de 4 voisines situées aux sommets d'un tétraèdre régulier, auxquelles elle est reliée par des liaisons hydrogène :

  • 2 liaisons H où la molécule centrale est donneuse (ses 2 H pointent vers les O de 2 voisines)
  • 2 liaisons H où la molécule centrale est receveuse (ses 2 doublets non-liants accueillent les H de 2 autres voisines)

Le réseau global est un réseau hexagonal (d'où le nom Ih) constitué de cycles à 6 molécules, très ouvert (avec de grandes cavités).

Théorème 3.4 — Densité anormale de la glace ★ À savoir démontrer

La masse volumique de la glace ( à 0°C) est inférieure à celle de l'eau liquide à la même température (). La glace flotte sur l'eau.

Démonstration (réseau hexagonal ouvert imposé par les liaisons H tétraédriques)

Origine géométrique. Dans la glace Ih, chaque molécule H₂O est contrainte par les liaisons H à occuper l'exact centre d'un tétraèdre régulier formé par ses 4 voisines. La géométrie tétraédrique (angle ) impose une coordinence de seulement — bien moindre que les coordinences (cubique centré) ou (CFC/HC) des empilements compacts. Le réseau hexagonal qui en résulte est très ouvert : il comporte de grandes cavités hexagonales vides au cœur de la structure.

Origine énergétique. Pourquoi accepter cette structure inefficace en empilement ? Parce que les liaisons hydrogène ( chacune) sont très directionnelles : leur énergie est maximale quand est aligné (angle ) et quand la géométrie tétraédrique des 4 voisines est respectée. Le système préfère minimiser son énergie libre en satisfaisant les 4 liaisons H au prix d'une structure ouverte, plutôt que d'opter pour un empilement compact qui briserait les liaisons H.

Fusion : effondrement partiel. À la fusion, environ 10 à 15 % des liaisons H se rompent : les molécules d'eau liquide gagnent en agitation thermique et peuvent occuper en partie les cavités du réseau cristallin. Le volume moyen par molécule diminue donc à la fusion, et la masse volumique augmente :

Conséquence remarquable : la densité de l'eau liquide passe par un maximum à (), puis diminue à plus haute température sous l'effet de l'agitation thermique standard. Cette anomalie (densité maximale au-dessus du point de fusion) est une signature de la structuration par liaisons H.

Proposition 3.5 — Propriétés caractéristiques de la glace
  • (anormalement élevée pour un solide moléculaire de cette masse molaire — comparer à CH₄ ou H₂S — grâce aux liaisons H).
  • — voir Théorème 3.4.
  • Isolant électrique (pas de porteurs libres).
  • Coordinence (chaque O entouré tétraédriquement de 4 autres O via H).
  • Plusieurs variétés allotropiques (Ih, Ic, II, III…) selon pression et température, mais Ih est la seule observée à pression atmosphérique.

3.2 — Le CO₂ solide et le diiode I₂

Proposition 3.6 — Le CO₂ solide (carboglace)

Les molécules CO₂ sont linéaires apolaires : aucune liaison hydrogène possible, seules les interactions de van der Waals (London) assurent la cohésion. Les molécules se rangent en structure cubique faces centrées (CFC) (molécules aux 8 sommets et aux 6 centres de faces du cube) :

  • à 1 bar (sublimation directe — pas de phase liquide à pression atmosphérique).
  • Énergie de cohésion : (van der Waals uniquement).
  • Compacité (typique d'un empilement compact CFC).
Proposition 3.7 — Le diiode I₂

Les molécules I₂ sont diatomiques, neutres et apolaires (mais très polarisables — atomes lourds avec beaucoup d'électrons). Les interactions de London sont plus fortes que pour CO₂ (proportionnelles à la polarisabilité) :

  • et (anormalement élevées pour un solide moléculaire apolaire, à cause de la forte polarisabilité de l'iode).
  • Solide à reflets métalliques noirs, formé d'un empilement de molécules I₂.
  • Sublime à pression et température ambiantes (vapeurs violettes caractéristiques).
📝 Tendance générale van der Waals. Dans une famille de molécules apolaires de structures similaires, et augmentent avec la masse molaire (et donc la polarisabilité) — c'est pourquoi I₂ est solide à température ambiante, Br₂ liquide, Cl₂ et F₂ gazeux. Cette tendance reflète directement la croissance des forces de London avec le nombre d'électrons par molécule.

4. Synthèse comparative — diamant, graphite, glace

Trois solides covalents au sens large, trois architectures radicalement différentes, trois jeux de propriétés. Cette section consolide les comparaisons que les jurys de concours (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) adorent demander.

📐 Méthode-type — Identifier la nature d'un solide à partir de ses propriétés.
  1. Conductivité électrique ?
    • Bonne, isotrope → métallique (gaz d'électrons libres)
    • Bonne, anisotrope → graphite (π délocalisés dans le plan uniquement)
    • Nulle → isolant : macrocovalent (sauf Si/Ge semiconducteurs), ionique solide, ou moléculaire
  2. Température de fusion ?
    • : macrocovalent ou ionique réfractaire
    • intermédiaire () : métallique ou ionique standard
    • : moléculaire
  3. Dureté ?
    • Très dur (Mohs ) → macrocovalent 3D (diamant, SiC, quartz)
    • Dur mais cassant → ionique
    • Malléable → métallique
    • Mou, friable, cireux → moléculaire (ou graphite, à part)
  4. Solubilité dans l'eau ?
    • Soluble (avec dissociation en ions) → ionique
    • Insoluble → covalent, métallique, ou moléculaire apolaire
    • Soluble par liaisons H → moléculaire polaire (sucres, alcools…)
Astuce de copie : en oral, commence toujours par la conductivité électrique — c'est le critère le plus discriminant.
💡 Comparaison diamant / graphite — tableau récapitulatif à mémoriser.
  • Hybridation : diamant sp³ (4 liaisons σ), graphite sp² (3 liaisons σ + 1 électron π)
  • Coordinence : 4 (diamant), 3 dans le plan (graphite)
  • Dureté : maximale 10/10 (diamant), très faible (graphite)
  • Conductivité électrique : isolant (diamant), conducteur dans le plan (graphite)
  • Couleur : transparent incolore (diamant), noir opaque (graphite)
  • Densité : (diamant), (graphite)
  • Stabilité thermo à , : métastable (diamant), stable (graphite)
Le piège classique : on te demandera toujours de justifier par l'hybridation et la nature des liaisons (pas juste « parce que »).
Définition 4.1 — Énergie de cohésion d'un solide

L'énergie de cohésion d'un solide est l'énergie qu'il faut fournir, par mole d'entités, pour disperser totalement les entités du cristal (atomes, ions, molécules) jusqu'à une phase gazeuse infiniment diluée à . C'est une grandeur positive, exprimée en , qui mesure la stabilité du cristal.

Proposition 4.2 — Énergie de cohésion et propriétés macroscopiques

L'énergie de cohésion commande directement :

  • la température de fusion (et de sublimation) :
  • la dureté : on déforme un solide en cassant ses liaisons cohésives
  • la résistance mécanique globale

Ordres de grandeur pour les trois exemples canoniques :

  • Diamant : (par atome de C : 2 liaisons C–C équivalentes en moyenne)
  • Graphite : (très proche du diamant — les forces intra-plan dominent)
  • Glace : (par molécule H₂O — somme de 2 liaisons H environ)

Un rapport de entre diamant et glace, qui colle au rapport des températures de fusion ( vs , soit vs , rapport ).

5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)

Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale, X-ENS) sur les épreuves comportant de la cristallographie chimique. Elles coûtent typiquement entre et points par occurrence.

⚠ Erreur 1 — Confondre solide macrocovalent et solide moléculaire. « Le diamant est formé de molécules de carbone reliées par liaisons covalentes » est FAUX : dans le diamant, il n'y a aucune molécule. Le cristal est une unique « macromolécule » où chaque atome de carbone est covalemment lié à 4 voisins, à l'infini. Dans la glace, en revanche, il y a bien des molécules H₂O identifiables, reliées entre elles par des liaisons hydrogène (qui ne sont PAS covalentes). Pour repérer la différence : compte les liaisons covalentes par atome — si c'est ≥ 3 dans toutes les directions, c'est macrocovalent ; si c'est limité à l'intérieur de petites unités, c'est moléculaire.
⚠ Erreur 2 — Dire « le graphite est conducteur car les atomes sp² ont un électron libre ». L'électron n'est pas « libre » au sens d'un gaz d'électrons métallique : il appartient à un système d'orbitales π délocalisées sur tout le plan. La nuance rapporte des points : c'est la délocalisation π dans le plan qui explique la conduction, exactement comme dans le benzène, mais à l'échelle d'un cristal infini.
⚠ Erreur 3 — Justifier la densité de la glace par « les liaisons H sont longues ». Faux. Les liaisons hydrogène ne sont pas particulièrement « longues » ( entre O et H voisin). La cause de la faible densité est géométrique : la directionnalité tétraédrique des liaisons H impose une coordinence , donc une structure ouverte avec de larges cavités hexagonales. Il faut donner l'argument géométrique (coordinence tétraédrique), pas un argument de longueur de liaison.
⚠ Erreur 4 — Compter la structure du diamant comme un CFC à 4 atomes. Le diamant n'est pas un CFC : c'est un CFC + 4 atomes en sites tétraédriques, soit atomes par maille. Confondre les deux donne une densité ou une compacité divisée par 2 — erreur classique. Sache à la fois « compter atomes par maille » et « justifier le 4 ajouté » (un site tétraédrique sur deux occupé).
⚠ Erreur 5 — Croire que tous les solides moléculaires fondent en dessous de 0°C. Faux : I₂ (diiode) est un solide moléculaire qui fond à , le naphtalène à , le saccharose à . Les solides moléculaires tendent à avoir des températures de fusion basses, mais pas toujours — la polarisabilité (London), les liaisons H ou la taille des molécules peuvent élever significativement . Ne déduis donc pas « basse moléculaire » sans précaution.

6. Pour aller plus loin

Ce chapitre est le point d'aboutissement de l'enseignement « solide » en MPSI et le point de départ vers la chimie du solide de spé et au-delà :

  • Cristaux ioniques (PSI/PC spé) — quatrième famille de solides, où la cohésion est assurée par l'attraction coulombienne entre ions de signes opposés. On retrouvera les outils de la maille élémentaire (z, coordinence, compacité).
  • Diagrammes binaires et alliages (PCSI/MPSI) — déjà en MPSI on touche aux alliages d'insertion (acier) et de substitution (laiton). Les solides macrocovalents apparaissent en équilibre liquide–solide.
  • Thermochimie des transitions de phase (spé) — la fusion, sublimation, transition allotropique diamant–graphite s'analysent en termes d'enthalpie libre et d'équilibre.
  • Physique du semiconducteur (spé physique/SII) — le silicium et le germanium sont la base des transistors. La bande interdite explique pourquoi diamant est isolant et Si semiconducteur.
  • Matériaux composites (TP/ingénieur) — la maîtrise des nanostructures de carbone (nanotubes, graphène, fullerènes — variétés allotropiques plus récentes) prolonge naturellement le couple diamant/graphite étudié ici.

Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir

À la veille d'une khôlle ou d'un DS de chimie, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.

  • Sais-tu énoncer les 4 familles de solides cristallins et leur ordre d'énergie de cohésion (covalent ≫ ionique métallique ≫ van der Waals) ?
  • Sais-tu définir un solide macrocovalent et un solide moléculaire, et donner 3 exemples canoniques de chaque ?
  • Sais-tu décrire la structure du diamant (CFC + 4 sites tétraédriques sur 8, hybridation sp³, coordinence 4) ?
  • Sais-tu démontrer que atomes par maille du diamant et que ?
  • Sais-tu décrire la structure du graphite (plans hexagonaux sp², empilés par van der Waals) ?
  • Sais-tu démontrer la conductivité anisotrope du graphite par l'argument des électrons π délocalisés dans le plan ?
  • Sais-tu lister les 5 propriétés du diamant et les 5 propriétés du graphite, en justifiant chacune par la structure ?
  • Sais-tu décrire la structure de la glace Ih (chaque O entouré tétraédriquement de 4 autres O via 4 liaisons H) ?
  • Sais-tu démontrer que par l'argument géométrique de la structure ouverte imposée par les liaisons H tétraédriques ?
  • Sais-tu reconnaître la nature d'un solide à partir de , de la conductivité électrique et de la dureté (méthode-type section 4) ?
  • Sais-tu que le silicium a la même structure que le diamant mais est semiconducteur (bande interdite réduite) ?
  • Sais-tu pourquoi I₂ est solide à température ambiante alors que F₂ est gazeux (polarisabilité croissante London plus fort) ?

Démonstrations à savoir refaire

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