Vue d'ensemble
La cinétique chimique est l'étude de la vitesse à laquelle se déroulent les réactions. Là où la thermodynamique te dit si une transformation est possible, la cinétique te dit combien de temps elle met — un point de vue indispensable pour la chimie industrielle, la catalyse, et tous les exos d'oraux/écrits de concours. Cette fiche regroupe les 8 définitions formelles, les 5 théorèmes incontournables (3 lois d'intégration + Arrhenius + AEQS), les 4 démonstrations à savoir refaire et les pièges classiques sur les ordres, le temps de demi-réaction et la loi d'Arrhenius.
Prérequis
- Avancement d'une réaction : , avec le coefficient stœchiométrique algébrique (\nu_i < 0 pour un réactif, \nu_i > 0 pour un produit).
- Concentration molaire , volume supposé constant (réacteur fermé isochore).
- Manipulation des équations différentielles linéaires d'ordre 1 à coefficients constants et séparation des variables.
- Logarithme népérien , exponentielle et calcul d'aire (intégration).
La cinétique, c'est de la chimie qui se résout avec des maths. Si tu galères sur l'intégration des lois de vitesse ou la lecture des courbes , c'est rarement la chimie qui bloque — c'est l'équation diff. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te calent les 3 cas (ordres 0, 1, 2) en 1 séance, avec exos tirés des Mines et de Centrale.
Trouver un mentor MPSI →1. Vitesse de réaction et vitesses d'apparition
On considère un réacteur fermé de volume constant dans lequel se déroule la réaction d'équation (les sont algébriques : négatifs pour les réactifs, positifs pour les produits). On note l'avancement à l'instant .
La vitesse de réaction à l'instant , notée , est définie par :
C'est une grandeur extensive divisée par le volume, donc une grandeur intensive, exprimée en mol·L⁻¹·s⁻¹. Elle est par construction positive lorsque la réaction avance dans le sens direct.
Pour un constituant du système, on définit sa vitesse de formation (algébrique) :
Pour un produit (\nu_i > 0), v_i > 0 : on parle de vitesse d'apparition. Pour un réactif (\nu_i < 0), v_i < 0 : on parle de vitesse de disparition et on lui préfère parfois .
À volume constant, en dérivant puis en divisant par , on obtient :
Autrement dit, la vitesse de réaction est commune à tous les constituants : c'est la vitesse par coefficient stœchiométrique.
2. Lois de vitesse, ordres partiels et constante de vitesse k
Une réaction admet un ordre s'il existe des réels (les ordres partiels par rapport aux réactifs ) et une constante tels que :
La somme est appelée ordre global de la réaction. La constante est la constante de vitesse.
La constante de vitesse caractérise la réaction à température fixée. Elle dépend uniquement de la température (loi d'Arrhenius, section 4) et, éventuellement, de la présence d'un catalyseur. Son unité dépend de l'ordre global :
Cas usuels : ordre 0 → mol·L⁻¹·s⁻¹ ; ordre 1 → s⁻¹ ; ordre 2 → L·mol⁻¹·s⁻¹.
2.1 — Dégénérescence de l'ordre (méthode d'isolement)
Lorsqu'un réactif est introduit en large excès par rapport aux autres, sa concentration reste quasiment constante au cours du temps : . La loi de vitesse devient alors :
La réaction se comporte alors comme une réaction d'ordre par rapport à seul, avec une constante apparente qui contient les concentrations initiales fixées des autres réactifs. On parle d'ordre apparent ou pseudo-ordre.
- Première série d'expériences avec : on a avec . On détermine (par intégration ou méthode différentielle).
- Deuxième série avec : on détermine de la même manière.
- Recoupement : connaissant et , une mesure de à connue donne .
3. Intégration des lois de vitesse (ordres 0, 1, 2)
On considère une réaction d'un seul réactif avec , de sorte que . On suppose qu'elle admet un ordre par rapport à , donc . On note et on cherche .
3.1 — Ordre 0
Si (, indépendant de ), alors :
La concentration décroît linéairement avec le temps. Le temps de demi-réaction dépend de (proportionnel) : plus on en met, plus longtemps la réaction met.
3.2 — Ordre 1
Si (), alors :
La concentration décroît exponentiellement. Le temps de demi-réaction est indépendant de la concentration initiale — c'est la signature graphique de l'ordre 1.
Démonstration (intégration par séparation de variables)
L'équation différentielle s'écrit , soit . Tant que [A] > 0, on intègre entre l'instant et l'instant :
En prenant l'exponentielle, on obtient . Pour le temps de demi-réaction, par définition , donc :
Remarquer que ne dépend pas de : c'est la propriété caractéristique de l'ordre 1, exploitée pour le test graphique (cf. méthode 3.4).
3.3 — Ordre 2
Si (), alors :
Cette fois, varie linéairement avec . Le temps de demi-réaction est inversement proportionnel à : plus on en met, plus la réaction est rapide au début.
Démonstration
L'équation s'écrit , soit . On reconnaît à gauche la différentielle de :
On intègre entre et :
Pour , on impose , soit , d'où .
3.4 — Lecture graphique du t₁/₂ et test d'ordre
Soit la concentration d'un réactif unique. Pour une réaction d'ordre 1, les temps de demi-réaction successifs sont tous égaux : ne dépend pas du point de départ. C'est la signature graphique de l'ordre 1, à distinguer des ordres 0 ( divisé par 2 à chaque palier) et 2 ( doublé à chaque palier).
Démonstration (et comparaison aux ordres 0 et 2)
Pour l'ordre 1, . Le temps pour passer de à vérifie :
Donc tous les paliers sont égaux à : sur la courbe , chaque division par 2 prend exactement le même temps. Comparaison aux autres ordres :
- Ordre 0 : , donc . Les paliers sont divisés par 2 à chaque étape.
- Ordre 2 : . Le palier -ième vérifie : les paliers doublent à chaque étape.
D'où la règle pratique : si tu mesures deux successifs et qu'ils sont égaux, c'est de l'ordre 1.
- en fonction de : si c'est une droite décroissante, ordre 0 (pente ).
- en fonction de : si c'est une droite décroissante, ordre 1 (pente ).
- en fonction de : si c'est une droite croissante, ordre 2 (pente ).
Confondre ordre 1 et ordre 2 sur une courbe , c'est la faute qui coûte 2 à 3 points à chaque DS de chimie en MPSI. En 1 séance ciblée avec un mentor Majorant alumni X · Centrale, tu apprends à reconnaître au coup d'œil les trois signatures graphiques — indispensable pour les écrits Mines et CCINP.
Réserver une séance ciblée →4. Influence de la température — loi d'Arrhenius (Eₐ)
Expérimentalement, on constate que pour une majorité de réactions, la constante de vitesse augmente fortement avec la température : une élévation de 10 K double typiquement . Cette dépendance est modélisée par la loi d'Arrhenius.
Pour la plupart des réactions chimiques, la constante de vitesse dépend de la température absolue (en kelvin) selon :
où :
- est le facteur préexponentiel (même unité que ), supposé indépendant de en première approximation,
- est l'énergie d'activation (en J·mol⁻¹), grandeur caractéristique de la réaction,
- J·mol⁻¹·K⁻¹ est la constante des gaz parfaits.
Démonstration (linéarisation et détermination expérimentale de Eₐ)
On prend le logarithme népérien de la relation d'Arrhenius :
Le tracé de en fonction de est donc une droite :
- de pente (négative, car ),
- d'ordonnée à l'origine .
Cette linéarisation est la méthode expérimentale standard pour déterminer : on mesure à plusieurs températures, on porte les points , on trace la droite des moindres carrés, et on lit .
On peut aussi dériver la loi par rapport à pour obtenir la forme différentielle :
utile pour comparer deux températures : entre et ,
5. Mécanisme réactionnel, AEQS et étape cinétiquement déterminante
Un acte élémentaire est une étape réactionnelle indivisible qui se déroule en une seule rencontre moléculaire (un seul franchissement de barrière énergétique). Sa molécularité est le nombre d'entités microscopiques mises en jeu :
- Monomoléculaire : (ex. isomérisation, décomposition).
- Bimoléculaire : (de loin le cas le plus fréquent).
- Trimoléculaire : (rare, car nécessite la collision simultanée de 3 entités).
Pour un acte élémentaire, les ordres partiels coïncident avec les coefficients stœchiométriques (en valeur absolue pour les réactifs). Pour élémentaire :
Attention : cette propriété est fausse en général pour une réaction globale, qui résulte le plus souvent de plusieurs actes élémentaires.
Un mécanisme réactionnel est la suite ordonnée d'actes élémentaires dont la combinaison reproduit l'équation-bilan. Les espèces qui apparaissent puis disparaissent au cours du mécanisme (sans figurer dans le bilan) sont des intermédiaires réactionnels : radicaux, espèces excitées, ions, complexes activés. Ils sont très réactifs et présents en très faible quantité.
Soit un intermédiaire réactionnel très réactif. Après une brève phase d'induction, sa concentration reste petite et quasiment constante sur la durée principale de la réaction. On fait alors l'approximation :
Cette relation algébrique permet d'exprimer en fonction des concentrations des réactifs stables, puis de réinjecter dans la vitesse de formation des produits — on obtient ainsi la loi de vitesse globale du mécanisme.
Lorsqu'un mécanisme comporte plusieurs étapes en série avec des constantes de vitesse très différentes, l'étape cinétiquement déterminante est celle qui est la plus lente (plus petite constante de vitesse). C'est elle qui impose la cadence de la réaction globale : la loi de vitesse globale est, en première approximation, celle de cette étape.
- Bilan sur : formation par , disparition par et . AEQS : .
- Expression de : .
- Vitesse globale : . La réaction est du premier ordre par rapport à , avec une constante globale .
- Cas limites : si (ECD = étape 1), ; si (préequilibre rapide, ECD = étape 2), .
6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs reviennent chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale) sur les épreuves de chimie comportant de la cinétique. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 2 points par occurrence.
7. Pour aller plus loin
La cinétique chimique de MPSI pose les bases quantitatives que tu retrouveras tout au long de ta scolarité de prépa et dans les épreuves de concours. Les chapitres qui la réinvestissent directement :
- Équilibres chimiques (PCSI/MPSI) — la constante d'équilibre se relie aux constantes de vitesse et du préequilibre par .
- Cinétique de spé (PC/PSI) — réacteurs ouverts, cinétique enzymatique (Michaelis-Menten est un AEQS), catalyse hétérogène et photochimie.
- Thermodynamique chimique — comparaison entre approche cinétique (mécanisme) et approche thermodynamique (, constante d'équilibre).
- Oraux de concours — les TP de cinétique (suivi spectrophotométrique, conductimétrique, pH-métrique) sont des classiques aux oraux Mines / Centrale / X-ENS.
Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu écrire et l'utiliser pour relier les vitesses d'apparition à la vitesse de réaction ?
- Sais-tu définir précisément les ordres partiels, l'ordre global et la constante de vitesse (avec son unité dimensionnelle) ?
- Sais-tu expliquer la dégénérescence de l'ordre (méthode d'isolement) et la traduire en en TD ?
- Sais-tu intégrer la loi de vitesse pour l'ordre 1 et obtenir et ?
- Sais-tu intégrer la loi de vitesse pour l'ordre 2 et obtenir et ?
- Sais-tu identifier l'ordre d'une réaction en linéarisant , ou en fonction de ?
- Sais-tu lire un t₁/₂ sur une courbe expérimentale et reconnaître l'ordre 1 (paliers égaux) ?
- Sais-tu énoncer la loi d'Arrhenius et la linéariser en vs ?
- Sais-tu déterminer expérimentalement à partir d'un graphe vs ?
- Sais-tu distinguer acte élémentaire (Van't Hoff applicable) et réaction globale (ordres expérimentaux uniquement) ?
- Sais-tu appliquer l'AEQS à un intermédiaire réactionnel pour obtenir une loi de vitesse globale ?
- Sais-tu identifier l'étape cinétiquement déterminante dans un mécanisme et la relier à la loi globale ?
Démonstrations à savoir refaire
- Loi cinétique d'ordre 1 — séparation des variables, ,
- Loi cinétique d'ordre 2 — différentielle de , ,
- Caractérisation graphique de l'ordre 1 par le t₁/₂ — paliers égaux, comparaison aux ordres 0 et 2
- Linéarisation d'Arrhenius — , pente