Vue d'ensemble
La configuration électronique est le tout premier outil que la chimie quantique te donne pour prédire le comportement d'un atome : sa place dans la classification, sa valence, ses ions stables, sa réactivité. Ce chapitre est court mais fondateur — il revient absolument partout en MPSI (oxydoréduction, liaisons chimiques en spé, spectroscopie) et il est presque toujours présent dans les premières questions des écrits de concours. Cette fiche regroupe les 5 règles essentielles (Pauli, Klechkowski, Hund, configuration fondamentale, anomalies), les 3 démos à savoir refaire et les pièges qui font perdre les points faciles.
Prérequis
- Modèle atomique : noyau (Z protons, N neutrons) + cortège de Z électrons pour un atome neutre
- Numéro atomique Z et notation
- Notion d'énergie quantifiée d'un électron (vu en terminale via Bohr, à approfondir)
La chimie quantique te paraît abstraite après deux ans de chimie « moléculaire » au lycée ? C'est le ressenti d'1 MPSI sur 2 en début d'année. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te reconnectent les nombres quantiques à la classification périodique en une séance — tu sors avec un schéma mental clair et 10 atomes maîtrisés.
Trouver un mentor MPSI →1. Modèle atomique et nombres quantiques
1.1 — Atome : noyau et cortège électronique
Un atome est constitué d'un noyau (de charge , contenant protons et neutrons) et d'un cortège électronique de électrons pour un atome neutre. La masse est concentrée dans le noyau ; la chimie se joue presque uniquement au niveau du cortège électronique.
1.2 — Les quatre nombres quantiques
En mécanique quantique, l'état d'un électron lié dans un atome est entièrement caractérisé par 4 nombres quantiques. C'est l'analogue de « 4 coordonnées » mais discrètes.
Le nombre quantique principal () définit la couche à laquelle appartient l'électron. Il fixe la majeure partie de l'énergie de l'électron et l'extension spatiale de l'orbitale (taille moyenne du nuage électronique). Plus est grand, plus l'électron est éloigné en moyenne du noyau et moins il est lié.
Le nombre quantique secondaire prend des valeurs entières comprises entre et , soit . Il caractérise la sous-couche et donc la forme de l'orbitale, ainsi que le module du moment cinétique orbital.
Le nombre quantique magnétique prend toutes les valeurs entières comprises entre et , soit . Il y a donc valeurs possibles. Il caractérise l'orientation de l'orbitale dans l'espace.
Le nombre quantique de spin prend exactement deux valeurs : (noté ↑, dit « spin up ») ou (noté ↓, « spin down »). Le spin est une propriété intrinsèque de l'électron, sans équivalent classique. Deux électrons de spins opposés sont dits appariés.
1.3 — Notation s, p, d, f des orbitales
Les sous-couches sont historiquement notées par des lettres (de l'anglais sharp, principal, diffuse, fundamental) selon la valeur de :
- : sous-couche notée s — 1 orbitale ()
- : sous-couche notée p — 3 orbitales ()
- : sous-couche notée d — 5 orbitales ()
- : sous-couche notée f — 7 orbitales ()
Une orbitale atomique (OA) est caractérisée par le triplet ; chaque OA peut contenir au plus 2 électrons (de spins opposés). On la note par exemple , , etc.
- Orbitale s : sphérique, centrée sur le noyau (1 lobe).
- Orbitale p : en forme d'haltère (2 lobes opposés le long d'un axe). Il y en a 3 : , , , orientées selon les axes du repère.
- Orbitale d : en forme de trèfle à 4 lobes (pour 4 d'entre elles) ou en « beignet + haltère » pour . 5 orientations possibles.
- Orbitale f : 7 orientations, formes complexes — rarement demandée.
1.4 — Couches K, L, M, N et leurs capacités
L'ensemble des orbitales de même forme la couche n°. Notation traditionnelle :
- : couche K (la plus proche du noyau)
- : couche L
- : couche M
- : couche N
La couche de nombre quantique principal contient orbitales atomiques et peut donc accueillir au maximum électrons.
Démonstration (dénombrement direct)
Pour un fixé, parcourt . Pour chaque , il y a valeurs de , donc orbitales. Le nombre total d'orbitales de la couche est donc :
Chaque orbitale accueillant au maximum 2 électrons (Pauli, cf. §2), la capacité totale est . Application : K () : 2 e⁻ ; L () : 8 e⁻ ; M () : 18 e⁻ ; N () : 32 e⁻.
2. Les trois règles de remplissage
Connaître les nombres quantiques ne suffit pas : il faut savoir dans quel ordre les électrons remplissent les orbitales pour aboutir à l'état le plus stable, dit état fondamental. Trois règles, à appliquer dans cet ordre.
2.1 — Principe d'exclusion de Pauli
Dans un atome, deux électrons ne peuvent pas avoir leurs quatre nombres quantiques tous égaux. Autrement dit, deux électrons d'un même atome diffèrent par au moins un nombre quantique.
Une orbitale atomique ne peut accueillir au maximum que 2 électrons, nécessairement de spins opposés ( et ). Deux tels électrons sont dits appariés.
2.2 — Règle de Klechkowski (ordre de remplissage)
Les sous-couches sont remplies par énergie croissante. Cette énergie est classée par valeurs croissantes de ; en cas d'égalité de , c'est la sous-couche de plus petit qui est remplie en premier.
L'ordre de remplissage des premières sous-couches est donc :
Démonstration (énumération par n+ℓ croissants, et justification énergétique qualitative)
Étape 1 — Énumération. On range les sous-couches par croissant, puis à fixé, par croissant :
On obtient bien
Étape 2 — Justification énergétique qualitative. Pour un atome polyélectronique, l'énergie d'une orbitale dépend principalement de (couche), mais aussi de à cause de l'effet d'écran exercé par les électrons internes. À fixé, plus est grand, plus l'orbitale est « lobée » loin du noyau et donc moins pénétrante : elle est davantage écrantée, et son énergie est plus haute. À croissant et décroissant, ces deux effets se compensent partiellement, ce qui explique l'inversion type . La règle est une règle empirique qui résume cette compensation pour la plupart des atomes — elle souffre de quelques exceptions (cf. §2.4).
- Ligne 1 : . Ligne 2 : . Ligne 3 : . Ligne 4 : …
- Trace les diagonales successives : (), (), (), (), (), ()…
- Tu obtiens directement l'ordre. C'est plus rapide en DS que d'apprendre une liste par cœur.
2.3 — Règle de Hund (max de spins parallèles)
Lorsqu'on remplit une sous-couche dégénérée (plusieurs OA de même énergie, c.-à-d. de même et ), les électrons occupent d'abord une orbitale chacun, avec des spins parallèles (tous ↑ ou tous ↓), avant de s'apparier.
2.4 — Anomalies : chrome et cuivre
La règle de Klechkowski est empirique et souffre de quelques exceptions — les deux à connaître absolument en MPSI sont le chrome (Z = 24) et le cuivre (Z = 29).
Configurations réelles, contraires à Klechkowski :
- Chrome (Z = 24) :
[Ar] 3d⁵ 4s¹(et non[Ar] 3d⁴ 4s²) - Cuivre (Z = 29) :
[Ar] 3d¹⁰ 4s¹(et non[Ar] 3d⁹ 4s²)
Démonstration (stabilité des sous-couches demi-remplies et pleines)
Principe. Une sous-couche d est particulièrement stable lorsqu'elle est exactement demi-remplie (, 1 électron dans chacune des 5 OA, tous spins parallèles) ou exactement pleine (). Cette stabilité s'explique par deux effets quantiques :
- Énergie d'échange : maximale quand le nombre d'électrons à spins parallèles est maximal ( tout-↑ donne 10 termes d'échange ; appariés tous saturés).
- Symétrie sphérique : une sous-couche ou restitue une distribution électronique de symétrie sphérique, ce qui minimise la répulsion électronique globale.
Application au chrome. En appliquant Klechkowski strictement, on
obtient [Ar] 3d⁴ 4s². En promouvant un électron du vers le :
[Ar] 3d⁵ 4s¹. Cette dernière a deux sous-couches demi-remplies ( et
), ce qui apporte un gain énergétique d'échange supérieur au coût de
promotion (les niveaux et sont très proches en énergie pour Z autour de
20-30). Le bilan est favorable : [Ar] 3d⁵ 4s¹ est l'état fondamental.
Application au cuivre. Klechkowski donne [Ar] 3d⁹ 4s².
Promotion d'un électron : [Ar] 3d¹⁰ 4s¹. La sous-couche
est exactement pleine, configuration extrêmement stable. À nouveau, le gain de
stabilité dépasse le coût de promotion, et l'état fondamental réel est
[Ar] 3d¹⁰ 4s¹.
Mnémo. Les éléments dont est proche d'un demi-remplissage ou d'un remplissage complet d'une sous-couche d sont les candidats à l'anomalie. Au-delà de Cr et Cu, on trouve aussi Mo, Ag, Au, Pt — hors-prog MPSI.
Cr et Cu sont tombés 3 fois aux Mines en 5 ans. En 30 min avec un mentor alumni Centrale, tu sais expliquer l'énergie d'échange, retrouver les deux configurations, et anticiper les variantes ioniques (Cr³⁺, Cu²⁺) qui piègent à l'écrit.
Réserver une séance ciblée →3. Configuration électronique d'un atome neutre
3.1 — Écriture standard et conventions
La configuration électronique d'un atome est la liste de ses sous-couches occupées, dans l'ordre de Klechkowski, avec en exposant le nombre d'électrons. Format général :
Avec le nombre d'électrons dans la sous-couche . Pour un atome neutre dans son état fondamental, .
- Lire Z dans la classification (nombre d'électrons à placer pour un atome neutre).
- Lister les sous-couches dans l'ordre de Klechkowski jusqu'à totaliser électrons.
- Saturer chaque sous-couche avant d'attaquer la suivante (capacité ).
- Distribuer par Hund les électrons de la dernière sous-couche partiellement remplie.
- Vérifier les anomalies (Cr Z=24, Cu Z=29) — sinon laisser la configuration de Klechkowski.
3.2 — Électrons de cœur et de valence
Les électrons de valence sont les électrons des sous-couches de la couche de plus grand et ceux des sous-couches en cours de remplissage (typiquement les ou en cours de remplissage). Les autres sont les électrons de cœur.
Les électrons de valence sont les seuls à participer aux liaisons chimiques et à fixer la réactivité — d'où leur importance.
- Soufre : . Couche de valence avec , soit 6 électrons de valence. Cohérent avec la position dans la 6ᵉ colonne du bloc p (groupe 16).
- Fer : . Couche () + sous-couche en cours de remplissage : 8 électrons de valence (). Le fer est un métal de transition, sa chimie est dominée par ses 8 électrons .
3.3 — État fondamental versus état excité
L'état fondamental est celui de plus basse énergie, obtenu en respectant Klechkowski + Hund (+ anomalies éventuelles). Toute autre configuration occupée par les électrons est un état excité (énergie supérieure), atteint par exemple après absorption d'un photon.
4. Configuration électronique des ions monoatomiques
Quand un atome perd ou gagne des électrons, il devient un ion. Pour écrire sa configuration, on part de l'atome neutre puis on retire (cation) ou ajoute (anion) les électrons. Attention à l'ordre de départ des électrons : ce n'est pas forcément l'inverse de l'ordre de Klechkowski.
4.1 — Cations : règle de départ des électrons
Lorsqu'un atome neutre perd des électrons pour former un cation, les électrons partent en priorité de la sous-couche de plus grand (couche externe), même si celle-ci a été remplie après une sous-couche de plus petit selon Klechkowski.
Démonstration (et application au fer Fe → Fe²⁺ → Fe³⁺)
Principe. Klechkowski donne l'ordre de remplissage, qui dépend du couplage des sous-couches au moment du remplissage. Mais une fois la sous-couche remplie, les électrons deviennent les plus externes et sont donc les moins liés au noyau (effet d'écran maximum, distance moyenne au noyau maximale). Ce sont eux qui partent en premier lors de l'ionisation.
Application au fer (Z = 26). Fondamental neutre : . Pour former Fe²⁺ (perte de 2 e⁻), on retire d'abord les deux électrons (plus externes), pas deux électrons :
Pour former Fe³⁺ (perte de 3 e⁻), on retire en plus un électron :
On remarque que Fe³⁺ a une sous-couche demi-remplie — c'est ce qui explique la grande stabilité (et l'omniprésence) de Fe³⁺ en chimie aqueuse.
- Écrire la configuration de l'atome neutre X (Klechkowski + Hund + anomalies).
- Pour un cation Xⁿ⁺ : retirer électrons en commençant par la sous-couche de plus grand (le avant le ).
- Pour un anion Xⁿ⁻ : ajouter électrons dans la sous-couche en cours de remplissage selon Klechkowski (et Hund).
- Vérifier le total : configuration finale doit avoir électrons (cation) ou (anion).
4.2 — Anions : ajout d'électrons
4.3 — Ions des métaux de transition
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Ces erreurs sont relevées chaque année dans les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts, Centrale-Supélec) sur les épreuves de chimie comportant un atome à configurer. Elles coûtent typiquement entre 0,5 et 1 point par occurrence.
6. Pour aller plus loin
La configuration électronique est le socle de toute la chimie quantique enseignée en CPGE. Les chapitres qui la réinvestissent directement :
- Classification périodique — la position d'un élément dans le tableau (bloc s, p, d, f) découle directement de la configuration. Bloc s = en terminale ; bloc d = ; etc.
- Propriétés périodiques (rayon, énergie d'ionisation, électronégativité) — toutes se comprennent à partir des électrons de valence et de l'effet d'écran.
- Liaison chimique (spé MP/PC/PSI) — la théorie de Lewis, puis les orbitales moléculaires, partent des orbitales atomiques de valence. Sans les configurations, pas de diagrammes d'OM.
- Oxydoréduction — le nombre d'oxydation maximal d'un atome est lié au nombre d'électrons de valence qu'il peut perdre. Mn () peut atteindre +VII (perte de 7 e⁻).
- Spectroscopie — les transitions électroniques entre configurations (fondamentale ↔ excitée) sont la base de l'UV-visible et de l'absorption atomique.
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Voir les stages MPSI →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu citer les 4 nombres quantiques et leurs domaines de valeurs (, , , ) ?
- Sais-tu associer les lettres s, p, d, f aux valeurs de et donner le nombre d'OA dans chaque sous-couche (1, 3, 5, 7) ?
- Sais-tu démontrer que la couche contient orbitales et électrons max ?
- Sais-tu énoncer le principe d'exclusion de Pauli et en déduire qu'une OA contient 2 e⁻ max ?
- Sais-tu réciter l'ordre de Klechkowski jusqu'à au moins (1s, 2s, 2p, 3s, 3p, 4s, 3d, 4p, 5s, 4d, 5p, 6s…) ?
- Sais-tu énoncer la règle de Hund et l'appliquer à l'azote (Z=7) et au carbone (Z=6) ?
- Connais-tu par cœur les deux anomalies Cr et Cu et leur justification (énergie d'échange + symétrie sphérique) ?
- Sais-tu identifier les électrons de cœur et de valence d'un élément du bloc s, p ou d ?
- Sais-tu écrire la configuration d'un cation en retirant les électrons avant les ?
- Sais-tu différencier état fondamental et état excité, et donner un exemple (carbone) ?
- Sais-tu vérifier qu'un anion stable atteint typiquement une configuration de gaz noble ?
- As-tu noté les 5 erreurs classiques de copie (oubli anomalie, ordre d'ionisation, Hund/Pauli, ordre d'écriture, valence vs capacité) ?
Démonstrations à savoir refaire
- Capacité d'une couche — somme , puis par Pauli
- Ordre de remplissage de Klechkowski — énumération par croissant + justification énergétique (effet d'écran)
- Anomalies Cr et Cu — stabilité demi-rempli/plein, énergie d'échange + symétrie sphérique
- Règle de départ des électrons pour les cations — application Fe → Fe²⁺ → Fe³⁺