Vue d'ensemble
Le premier principe dit combien de chaleur une réaction échange ; le second principe dit dans quel sens elle évolue et où elle s'arrête. L'outil central est l'enthalpie libre : à température et pression fixées, un système chimique évolue toujours dans le sens qui fait décroître , et l'équilibre correspond à son minimum. On en tire la constante d'équilibre , le critère de comparaison avec le quotient réactionnel , et la relation de Van 't Hoff qui pilote l'effet de la température. C'est LE chapitre de chimie le plus rentable de MP aux concours. Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui coûtent des points.
Prérequis
- Premier principe et transformation chimique : avancement, , loi de Hess
- Second principe de la thermodynamique physique (sup) : entropie, bilans d'entropie, entropie créée
- Fonctions de plusieurs variables : différentielle (niveau utilisateur)
Tu confonds encore , et ? C'est le nœud du chapitre — et la source de la moitié des erreurs de copie. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font manipuler ces grandeurs sur de vrais sujets jusqu'à ce que la distinction devienne un réflexe.
Trouver un mentor MP →1. Entropie de réaction et enthalpie libre
Comme pour l'enthalpie, on définit l'entropie standard de réaction :
où les sont les entropies molaires standard (absolues, fournies par les tables — contrairement aux enthalpies, elles ont un zéro naturel donné par le troisième principe).
L'enthalpie libre (fonction de Gibbs) est la fonction d'état :
On définit de même l'enthalpie libre standard de réaction : (en ).
Pour un système évoluant à température et pression extérieures constantes (transformation monotherme monobare, cas du réacteur chimique usuel), le second principe équivaut à :
avec égalité si et seulement si la transformation est réversible. Le système évolue vers le minimum de , qui caractérise l'équilibre.
Démonstration (bilan d'entropie + premier principe)
Le second principe pour une transformation élémentaire au contact d'un thermostat à s'écrit avec et , donc :
Par ailleurs, en monobare (pression extérieure , équilibre mécanique aux bornes), le premier principe donne (démonstration du chapitre précédent). Le système étant en outre à la température du thermostat aux instants considérés (), on obtient :
L'égalité a lieu si , c'est-à-dire pour une évolution réversible. À l'équilibre, ne peut plus décroître : elle est minimale. La décroissance de est donc la traduction, à et fixées, de la création d'entropie — le « moteur » de toute évolution spontanée.
2. Activités, quotient réactionnel et enthalpie libre de réaction
L'activité est la grandeur sans dimension qui mesure « l'écart à l'état standard » :
- gaz parfait dans un mélange : (pression partielle sur pression standard) ;
- soluté dilué : avec ;
- solide ou liquide pur, solvant : .
Pour la réaction , le quotient réactionnel est :
calculé avec les activités dans l'état réel du système (il évolue donc avec l'avancement). Exemple : pour , .
À et fixées, l'enthalpie libre du système varie avec l'avancement selon , où l'enthalpie libre de réaction vérifie la relation (admise au programme MP) :
Le critère se traduit donc par : le système évolue dans le sens direct si , dans le sens inverse si , et il est à l'équilibre si .
3. Constante d'équilibre et sens d'évolution
La constante d'équilibre ne dépend que de la température :
À l'équilibre chimique, le quotient réactionnel vaut exactement la constante : (loi d'action des masses, ou relation de Guldberg-Waage).
À et fixées, le sens d'évolution se lit en comparant à :
- : évolution dans le sens direct () ;
- : évolution dans le sens inverse () ;
- : équilibre chimique.
Démonstration (deux lignes à partir de la relation admise)
En combinant et :
Le critère du second principe impose que soit du signe opposé à : si , , donc et (sens direct) ; symétriquement si . À , : plus aucune évolution, c'est l'équilibre.
- Écrire l'équation avec états physiques, et (donné ou à calculer via ).
- Calculer dans l'état initial avec les activités réelles (pressions partielles pour les gaz ; pour solides/liquides purs — ne PAS les oublier dans l'écriture, les omettre dans le calcul).
- Comparer et , conclure sur le signe de en citant .
- État final : soit équilibre (, résoudre en ), soit rupture d'équilibre (épuisement d'un solide, réaction quasi totale si ).
Tableau d'avancement + + rupture d'équilibre : la trilogie des sujets CCINP. Un mentor Majorant te fait dérouler la méthode complète sur les annales des 5 dernières années, jusqu'à ce que le réflexe « je compare à » soit automatique.
Réserver une séance ciblée →4. Effet de la température : relation de Van 't Hoff
Dans l'approximation d'Ellingham, et sont supposées indépendantes de sur l'intervalle d'étude. L'enthalpie libre standard est alors une fonction affine de la température : .
Dans l'approximation d'Ellingham :
Conséquence : pour une réaction endothermique (), augmente avec ; pour une réaction exothermique, diminue quand on chauffe.
Démonstration (dériver ln K°)
De et de l'approximation d'Ellingham :
En dérivant par rapport à (avec et constantes) :
Le signe de est celui de : chauffer favorise le sens endothermique — on retrouve quantitativement la loi de modération de Van 't Hoff, qui sera systématisée au chapitre déplacements d'équilibre.
- Intégrer Van 't Hoff entre et (Ellingham) : .
- Ou passer par si les deux grandeurs standard sont connues.
- Contrôler le sens : exothermique ⟹ plus petit à plus haute température (et réciproquement). Un résultat qui viole cette règle contient une erreur de signe.
- Exploiter graphiquement : en fonction de est une droite de pente — c'est ainsi qu'on mesure une enthalpie de réaction (question expérimentale récurrente).
5. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Chapitre à fort enjeu de rédaction : les grandeurs se ressemblent (, , , , ) et les jurys (CCINP, Mines-Ponts) sanctionnent toute confusion.
6. Pour aller plus loin
Ce chapitre est le cœur de la thermodynamique chimique — tout ce qui suit en découle :
- Déplacements d'équilibre et optimisation — les lois de modération (température, pression, ajout de constituant) ne sont que des lectures du critère vs et de Van 't Hoff ; l'optimisation d'un procédé (Haber-Bosch) les combine.
- Électrochimie — la relation transporte tout ce chapitre vers les piles : la fem d'une pile mesure une enthalpie libre de réaction, et la formule de Nernst est l'exact analogue de .
- Thermodynamique statistique (physique) — le facteur de Boltzmann éclaire d'où vient l'exponentielle de .
- Sujets de concours — CCINP et Mines posent presque chaque année un problème « équilibre gazeux + Van 't Hoff + optimisation » : cette fiche en couvre l'intégralité du socle.
La chimie MP tient en deux chapitres de thermo et un d'électrochimie. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) les verrouillent avec exos type concours, khôlles blanches et plan de révision personnalisé — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir et prévoir son signe avec ?
- Sais-tu définir et ?
- Sais-tu démontrer que décroît à et fixées (bilan d'entropie + monobare) ?
- Connais-tu les activités des gaz, solutés, solides et du solvant ?
- Sais-tu écrire pour n'importe quelle équation, adimensionné et sans les solides ?
- Connais-tu la relation admise et son statut ?
- Sais-tu relier à et retrouver ?
- Sais-tu démontrer le critère d'évolution ( vs ) à partir de ?
- Sais-tu traiter une rupture d'équilibre (épuisement d'un solide) ?
- Sais-tu démontrer la relation de Van 't Hoff dans l'approximation d'Ellingham ?
- Sais-tu intégrer Van 't Hoff entre deux températures et contrôler le signe du résultat ?
- Sais-tu expliquer le compromis température/pression de la synthèse de l'ammoniac ?
Démonstrations à savoir refaire
- Décroissance de G à T, P fixées — bilan d'entropie (δQ ≤ T dS) + premier principe monobare (δQ = dH)
- Critère d'évolution Qr vs K° — combiner la relation admise et la définition de K°
- Relation de Van 't Hoff — dériver ln K° = −ΔrH°/RT + ΔrS°/R en Ellingham