Vue d'ensemble
Un équilibre chimique n'est pas une fin : c'est un état que l'ingénieur déplace. Chauffer ou refroidir, comprimer, ajouter un réactif ou un inerte — chaque action décale l'équilibre dans un sens prévisible, et tout ce chapitre tient dans UNE méthode : comparer le quotient réactionnel juste après la perturbation à la constante . C'est aussi le chapitre de l'optimisation industrielle (synthèse de l'ammoniac en tête), un classique absolu des écrits CCINP et Mines. Cette fiche regroupe les 3 théorèmes incontournables, les 3 démonstrations à savoir refaire et les pièges qui coûtent des points.
Prérequis
- Second principe et enthalpie libre : , , critère vs , relation de Van 't Hoff
- Premier principe : signe de (exo/endothermique)
- Pressions partielles et fractions molaires :
Tu récites « Le Chatelier » sans savoir le justifier ? Aux concours, la loi de modération sans la comparaison vs ne rapporte rien. Nos mentors alumni X · Centrale · Mines te font démontrer chaque déplacement d'équilibre en trois lignes, sur les sujets des cinq dernières années.
Trouver un mentor MP →1. Facteurs d'équilibre et degrés de liberté
Une variable intensive (température, pression, fraction molaire…) est un facteur d'équilibre si sa modification, toutes choses égales par ailleurs, déplace l'état d'équilibre. est un facteur d'équilibre dès que (Van 't Hoff) ; en est un dès que ; une variable qui n'apparaît ni dans ni dans n'en est pas un.
Le nombre de degrés de liberté d'un système à l'équilibre est le nombre de variables intensives que l'opérateur peut fixer indépendamment pour déterminer entièrement l'état intensif du système. On le dénombre en comptant les variables intensives descriptives et en soustrayant les relations qui les lient (loi d'action des masses, somme des fractions molaires égale à 1, relations imposées par les conditions initiales…).
2. Influence de la température : loi de Van 't Hoff
On appelle loi de modération tout énoncé de la forme : « lorsqu'on perturbe un système à l'équilibre, celui-ci évolue dans le sens qui s'oppose à la perturbation ». Ce sont des résultats démontrables au cas par cas (température, pression) via la comparaison vs — jamais des axiomes à invoquer tels quels, et elles admettent des exceptions (ajout d'un actif à constants, section 4).
À pression et composition bloquées, une augmentation de température déplace l'équilibre dans le sens endothermique (et une diminution dans le sens exothermique) : l'équilibre « modère » la perturbation en absorbant la chaleur apportée.
Démonstration (Van 't Hoff + comparaison Qr / K°)
Partons d'un système à l'équilibre à : . Élevons la température à sans toucher à la composition ni à la pression : est inchangé dans l'instant (il ne dépend que des activités), mais la constante devient .
La relation de Van 't Hoff, , donne le sens de variation de :
- réaction endothermique () : , donc — évolution dans le sens direct (endothermique) ;
- réaction exothermique () : — évolution dans le sens inverse, qui est là encore le sens endothermique.
Dans les deux cas, le système évolue dans le sens qui consomme l'énergie thermique apportée : c'est la loi de modération relative à la température.
3. Influence de la pression totale
À température constante, une augmentation de la pression totale déplace l'équilibre dans le sens qui diminue la quantité de matière gazeuse () — et réciproquement. Si , la pression n'est pas un facteur d'équilibre.
Démonstration (écrire Qr en fonction de P)
Pour des gaz parfaits, , donc :
Partons de l'équilibre () et augmentons à composition momentanément figée (les ne changent pas dans l'instant) :
- si : augmente, donc — évolution en sens inverse, vers moins de moles gazeuses ;
- si : diminue, — évolution en sens direct, là encore vers moins de moles gazeuses ;
- si : est indépendant de — aucun déplacement.
Dans tous les cas, le système évolue dans le sens qui s'oppose à l'augmentation de pression (diminution du nombre de moles de gaz) : loi de modération relative à la pression.
4. Ajout d'un constituant (actif ou inerte)
- À température et volume constants : l'ajout d'un inerte ne change rien (aucun déplacement).
- À température et pression constantes : l'ajout d'un inerte déplace l'équilibre dans le sens qui augmente la quantité de matière gazeuse () — effet de dilution, équivalent à une baisse de pression.
Démonstration (Qr en fonction du nombre total de moles)
Écrivons avec les quantités de matière : , donc
À constants : les pressions partielles ne dépendent que des des espèces actives, inchangés par l'ajout d'inerte. est donc inchangé, toujours égal à : aucun déplacement.
À constants : l'ajout d'inerte augmente sans toucher aux actifs. D'après l'expression ci-dessus, est multiplié par un facteur :
- si : diminue, — sens direct (vers plus de moles de gaz) ;
- si : augmente — sens inverse (encore vers plus de moles de gaz) ;
- si : rien.
L'inerte à constante « fait de la place » : tout se passe comme si la pression efficace des actifs baissait — cohérent avec le théorème 3.1.
- État initial : système à l'équilibre, .
- Perturbation : identifier ce qui change ( → c'est qui bouge ; , dilution, ajout → c'est qui bouge). Écrire sous la forme adaptée ( et , ou et ).
- Comparer le nouveau au nouveau et conclure avec le critère d'évolution ( ⟹ sens direct).
- Vérifier la modération : le sens trouvé doit s'opposer à la perturbation (absorber la chaleur, réduire les moles de gaz…). Sinon, erreur de calcul — sauf cas d'ajout d'actif à constants, où la modération peut être mise en défaut.
5. Optimisation d'un procédé : la synthèse de l'ammoniac
Optimiser, c'est choisir les conditions opératoires (, , composition d'alimentation, recyclage) qui maximisent le rendement en produit à coût acceptable — en arbitrant entre la thermodynamique (position de l'équilibre), la cinétique (vitesse d'atteinte) et les contraintes économiques (compression coûteuse, matériaux).
Le taux de conversion d'un réactif est ; le rendement en produit rapporte la quantité obtenue à celle qu'aurait donnée une réaction totale. Ce sont les grandeurs que l'optimisation cherche à maximiser — toujours les définir avant de discuter des conditions opératoires.
— Température : la thermodynamique voudrait basse (exothermique, élevé), la cinétique exige haute. Compromis : avec catalyseur au fer (le catalyseur accélère sans déplacer !).
— Pression : ⟹ haute pression favorable ; compromis économique à 200–300 bar.
— Composition : proportions stœchiométriques 1:3, élimination de par liquéfaction et recyclage des gaz non convertis — soutirer le produit maintient en permanence.
Ce raisonnement en trois volets est LA question de synthèse des sujets CCINP/Mines.
« Proposer et justifier des conditions opératoires » te laisse une page blanche ? Il existe une grille en quatre lignes (T, P, composition, catalyseur) qui structure toute réponse d'optimisation. Un mentor Majorant te la fait appliquer sur les procédés classiques (ammoniac, estérification, vaporeformage) jusqu'à l'aisance.
Réserver une séance ciblée →6. Erreurs classiques en copie (vues par les correcteurs)
Les rapports de jury (CCINP, Mines-Ponts) sont unanimes : les déplacements d'équilibre se perdent rarement sur le fond, presque toujours sur la justification.
7. Pour aller plus loin
Ce chapitre clôt la thermodynamique chimique de MP et ouvre sur l'électrochimie :
- Courbes courant-potentiel — l'électrochimie ajoute la dimension cinétique aux équilibres redox : surtensions, systèmes rapides et lents.
- Piles et électrolyseurs — déplacer un équilibre redox par le potentiel : la relation fait le pont avec ce chapitre, et le recyclage/soutirage devient gestion de la charge.
- Cinétique (sup, réinvestie) — l'optimisation croise toujours Arrhenius (vitesse) et Van 't Hoff (équilibre) : les sujets aiment faire dialoguer les deux exponentielles.
- Procédés industriels en sujets — vaporeformage du méthane, synthèse du méthanol, oxydation de SO₂ : tous se traitent avec la grille T / P / composition / catalyseur de cette fiche.
Thermochimie bouclée = des points assurés au concours. Nos stages intensifs vacances (1 semaine, 25h) reprennent les trois chapitres de thermodynamique chimique et l'électrochimie avec exos type concours et khôlles blanches — encadrés par des alumni X-ENS, Centrale et Mines.
Voir les stages MP →Récap final — Ce qu'il faut absolument retenir
À la veille d'une khôlle ou d'un DS, parcours cette checklist : tu dois pouvoir répondre « oui, sans hésiter » à chaque question.
- Sais-tu définir un facteur d'équilibre et dire quand T et P en sont ?
- Sais-tu dénombrer les degrés de liberté d'un équilibre (variables moins relations) sur un exemple ?
- Sais-tu démontrer l'effet d'une hausse de température via Van 't Hoff et la comparaison Qr / K° ?
- Sais-tu énoncer la loi de modération en température (sens endothermique) et la justifier sans la réciter ?
- Sais-tu écrire Qr sous la forme (∏xᵢ^νᵢ)(P/P°)^Δν et en déduire l'effet de la pression ?
- Sais-tu traiter l'ajout d'un inerte dans les DEUX protocoles (T,V : rien ; T,P : dilution) ?
- Sais-tu pourquoi l'ajout d'un constituant actif à T,P constants peut violer la modération ?
- Sais-tu dérouler la méthode universelle : perturbation → nouveau Qr → comparaison → sens ?
- Sais-tu construire la réponse d'optimisation en quatre volets (T, P, composition, catalyseur) ?
- Sais-tu justifier le compromis 700 K / 200 bar / recyclage du procédé Haber-Bosch ?
- Sais-tu expliquer pourquoi un catalyseur ne déplace jamais un équilibre ?
- Sais-tu pourquoi soutirer le produit (liquéfaction de NH₃) maintient le système hors équilibre ?
Démonstrations à savoir refaire
- Influence de la température — Qr figé, K° bougé par Van 't Hoff, comparaison
- Influence de la pression — Qr = (∏xᵢ^νᵢ)(P/P°)^Δν, discussion selon le signe de Δν
- Ajout d'un gaz inerte — Qr en fonction de n_tot, deux protocoles (T,V et T,P)